La solitude en clé de sol

Seul
Seule
La clé
Le sol
Et moi
Tout seul
Une seule clé

Les autres
Les familles
Les amis
Les clubs

Rien à faire
Allez, je fais ce qu’il y a à faire
Sans le cœur
Les courses
Seul au milieu des autres
La cuisine
A quoi bon si c’est que pour moi
Le ménage
Ça, ça rend terriblement seul
Pas de bazar
J’ai déjà rangé quinze fois
Plus de télé
Je connais tous les programmes
Lire
C’est dur de se concentrer
Et personne à qui raconter ce qui m’a plu
Et les musées, quand on n’a rien à dire
Le silence
C’est lassant
Je survis

Je prépare tout
Pour quand il y aura des gens
Mon appartement ultra rangé me déprime
Je ne peux blâmer personne
Je suis seul
C’est moi qui l’ai rendu nickel
C’est moi qui contrôle tout
La clé de sol est bien là, mais il n’y a rien sur la portée.

Sur le sol
Roule mon xylophone
Je joue seul
Des airs de fêtes
Et une fois par semaine
Je vois mon prof
Il me propose de participer à un petit orchestre
Deux heures par semaine
Je ne suis plus seul
Mais j’ai quand même la tête dans le guidon
Je les écoute d’une oreille distraite
Et me fais reprendre par le chef d’orchestre

Le soir, il y a bien des activités
Club échec, théâtre ou bistrot
Mais pas le resto, tout seul, c’est blême
Par contre, en journée, il n’y a personne
Et pas d’activités
Rien à faire
Que des choses
Seul
Si je restais sous la couette
Au moins, j’aurai un contact physique
Qui m’enveloppe

Heureusement que j’ai Sol
Mon petit chien que je promène
Ça me réjouis de le voir si vivant
Profitant de chaque instant
Vivant à fond
Il rencontre d’autres chiens
Et moi d’autres maîtres
On s’échange quelques banalités

Mais pourquoi suis-je seul ?
Parce qu’Hollywood et la télé
Nous vendent des relations amoureuses
A consommer puis à jeter ?
Parce que j’ai trop peur de m’engager ?
Parce que je cherche une relation trop parfaite ?
Parce que j’accepte des relations trop mauvaises ?
Parce que je suis malade et que personne ne veut d’un malade ?
Je n’ai personne à qui en parler
Je suis seul
Toutes ces questions tourbillonnent dans ma tête
Des monologues de dialogues
Tournent comme des chevaux sur un manège
Ensembles et seuls en même temps
Identiques mais avec des différences

En tous cas, la solitude
C’est bon pour la consommation
Un logement par personne
Un tire-bouchon
Un casse-noix
Une passoire
Un lit
Une voiture
Un buffet par personne
Un objet par personne
Même le cœur devient une chose :
Une simple pierre

Pourquoi je les ai quittés ?
Pourquoi je les ai laissés partir ?
Certains sont plus heureux seuls
Mais moi, ça me rend triste
Est-ce que quelqu’un sera capable de m’aimer ?
Est-ce que je pourrai laisser quelqu’un entrer
Ne serait-ce qu’un peu ?
Est-ce que je saurai le garder ?
Des fois, je n’ose pas dire ce que je pense à mes amis
J’arbore un sourire lumineux
Et j’adopte leurs idées pour être sûr
De les revoir
Une heure par-ci
Une demi-heure par-là

Dans une famille on partage
La solidarité

Je veux partager
Ces biens à consommer et à jeter
Mais je ne veux pas
Faire ça avec ceux que j’aime.
Je veux une famille
Même si elle ne correspond pas aux clichés
Amis, colocataires, relations libres, mariages arrangés, intérêts partagés
Qu’importe !

Je veux une vraie famille
C’est-à-dire des gens à qui m’accrocher
Et que je peux épauler
Et surtout
Être ensemble
Rigoler
Se disputer
Chercher des solutions
Débattre
Crier
Râler
Se réconcilier
Se cajoler
Se faire plaisir
Et surtout jamais se séparer

En suis-je capable ?
Est-ce que je vais encore devoir essayer
Et me planter comme les autres fois…
La survie, ce n’est pas pour moi.

Peut-être que c’est comme la musique
Pour qu’elle soit belle,
Il faut s’appliquer
La laisser vivre
Faire corps avec l’instrument
Faire plaisir
Exprimer ses émotions
Et les rendre, toutes belles,
Même les plus sombres
La répétition est formatrice
Les conseils doivent être ressentis
Puis il faut faire à sa sauce
S’émanciper de soi-même
Prendre une autre forme
Pour mieux s’ouvrir aux autres
Jouer mal au début
Casser les oreilles des quatre murs
Puis à force de s’entraîner
Ça devient bon.

Je veux pouvoir partager cette joie que je n’ai pas encore
Et ne plus pouvoir me passer de ceux que je n’ai pas encore trouvés.
Je veux vivre.
Je ne laisserai pas tomber
Je trouverai mon conte de fée
Je serai débutant
Toujours débutant

Aurianne Or


‪Thunderstruck for Percussion Ensemble Alumnado PercuFest 2014 dirigido por Rafa Navarro: https://youtu.be/SYSxOj6W7IQ 


Vivre ce n’est pas sérieuxhttps://aurianneor.tumblr.com/post/174025366955/vivre-ce-nest-pas-sérieux-ce-nest-pas-grave

J’ai dix ans et je sais que je suis différent: https://aurianneor.tumblr.com/post/159005802757/jai-dix-ans-et-je-sais-que-je-suis-différent

J’ai trouvé ma place: https://aurianneor.tumblr.com/post/172236407055/jai-trouvé-ma-place

Grishttps://aurianneor.tumblr.com/post/181456424070/gris-education-à-ce-quest-la-dépression-pour-une

Tu peux ouvrir les yeux maintenant: https://aurianneor.tumblr.com/post/158351101260/tu-peux-ouvrir-les-yeux-maintenant-ce?is_related_post=1

Sapolsky on depression – Stanford university: https://aurianneor.tumblr.com/post/174143784840/stanfords-sapolsky-on-depression-in-us-full

Change the words “HIV” and “AIDS” by “Mental illness” and see how you feel about it: https://aurianneor.tumblr.com/post/171419628695/change-the-words-hiv-and-aids-by-mental?is_related_post=1

Do help Mrs Dalloway: https://aurianneor.tumblr.com/post/169114695450/do-help-mrs-dalloway-mrs-dalloway-virginia?is_related_post=1

Scared: https://aurianneor.tumblr.com/post/158921847771/scared

Marche à l’ombre

Quand l’ baba cool cradoque
Est sorti d’ son bus VolksWagen
Qu’il avait garé comme une loque
Devant mon rad’
J’ai dit à Bob qu’était au flip
Viens voir le mariole qui s’ ramène
Vise la dégaine
Quelle rigolade
Patchoulli patogasses
Le Guide du Routard dans la poche
Aré Krishna à mort
Cheveux au henné
Oreilles percées
Tu vas voir qu’à tous les coups
Y va nous taper cent balles
Pour s’ barrer à Khatmandou
Ou au Népal
Avant qu’il ait pu dire un mot
J’ai chopé l’ mec par le paletot
Et j’ ui ai dit
Toi tu m’ fous les glandes
Pis t’as rien à foutre dans mon monde
Arrache toi d’ là t’es pas d’ ma bande
Casse toi tu pues
Et marche à l’ombre
Une p’tite bourgeoise bécheuse
Maquillée comme un carré d’as
A débarqué dans mon gastos
Un peu plus tard
J’ai dit à Bob qu’était au flipp’
Reluques la tronche à la pouffiasse
Vises la culasse
Et les nibards
Collants léopards homologués chez SPA
Monoï et Challimard
Futal en skaï comme Travolta
Qu’est ce qu’è vient nous frimer la tête
Non mais ess’ croit au Palace
J’ peux pas sacquer les starlettes
Ni les blondasses
Avant qu’elle ait bu son cognac
J’ l’ai chopée par le colback
Et j’ui ai dit
Toi tu m’ fous les glandes
Pis t’as rien à foutre dans mon monde
Arrache toi d’ là t’es pas d’ ma bande
Casse toi tu pues
Et marche à l’ombre
Un p’tit Rocky bargeo
Le genre qui s’est gouré d’ trottoir
Est v’nu jouer les Marlon Brando
Dans mon saloon
J’ai dit à Bob qu’avait fait tilt
Arrête j’ai peur c’est un blouson noir
J’ veux pas d’histoires
Avec ce clown
Derrière ses pauvr’ Raybane
J’ vois pas ses yeux
Et ça m’énerve
Si ça s’ trouve i’ m regarde
Faut qu’il arrête sinon j’ le crève
Non mais qu’est ce que c’est qu’ ce mec
Qui vient user mon comptoir
L’a qu’à r’tourné chez les Grecs
Se faire voir
Avant qu’il ait bu son viandox
J’ l’ai chopé contre l’ juke-box
Et j’ui ai dit
Toi tu m’ fous les glandes
Pis t’as rien à foutre dans mon monde
Arrache toi d’ là t’es pas d’ ma bande
Casse toi tu pues
Et marche à l’ombre
Pis j’ me suis fait un punk
Qu’avait pas oublié d’être moche
Et un intellectuel en Loden genre Nouvel Obs’
Quand Bob a massacré l’ flipper
On n’avait plus une tune en poche
J’ai réfléchis
Et j’ me suis dit
C’est vrai que j’ suis épais
Comme un sandwich SNCF
Et qu’ demain j’ peux tomber
Sur un balaise qui m’ casse la tête
Si c’ mec là me fait la peau
Et que j’ crève la gueule sur l’ comptoir
Si la mort me paye l’apéro
D’un air vicelard
Avant qu’è m’emmène voir la haut
Si y’a du monde dans les bistrots
J’ui dirait
Toi tu m’ fous les glandes
Pis t’as rien à foutre dans mon monde
Arraches toi d’ là t’es pas d’ ma bande
Casse toi tu pues
Et marche à l’ombre
Casse toi tu pues
Et marche à l’ombre
Casse toi tu pues


New-York avec toi

Un jour j’irai à New-York avec toi
Toutes les nuits déconner
Et voir aucun film en entier, ça va d’soi
Avoir la vie partagée, tailladée
Bercés par le ronron de l’air conditionné
Dormir dans un hôtel délaté
Traîner du côté gay et voir leurs corps se serrer
Voir leurs cœurs se vider et saigner
Oui, saigner
Un jour j’irai là-bas
Un jour Chat, un autre Rat
Voir si le cœur de la ville bat en toi
Et tu m’emmèneras
Emmène moi !
Un jour j’aurai New-York au bout des doigts
On y jouera, tu verras
Dans les clubs il fait noir, mais il ne fait pas froid
N ne fait pas froid si t’y crois
Et j’y crois !
Les flaques de peinture sur les murs ont parfois
La couleur des sons que tu bois
Et puis c’est tellement grand que vite on oubliera
Que nulle part c’est chez moi, chez toi
Chez nous quoi !
Un jour j’irai là-bas
Un jour Chat, un autre Rat
Voir si le cœur de la ville bat en toi
Et tu m’emmèneras
Emmène-moi, mène-moi (x2)
Toucher à ci, toucher à ca
Voir si le cœur de la ville bat en moi
Et tu m’emmèneras !
Emmènes moi !

Zoltán Kodály – Dances from Galanta (via https://www.youtube.com/watch?v=zcXeIGL3Ios)

“Zoltán Kodály (en hongrois : Kodály Zoltán, qui se prononce [ˈkodaːj ˈzoltaːn]), né le 16 décembre 1882 à Kecskemét dans l’Empire austro-hongrois et mort le 6 mars 1967 à Budapest en Hongrie, est un compositeur, ethnomusicologue et pédagogue en musique. Il a notamment donné son nom à une méthode d’enseignement de la musique, codifiée par des disciples de sa pensée pédagogique nommée plus tard la méthode Kodály (…) Avec Bartók, il va recueillir (sur des rouleaux de cire), mettre en forme et publier une quantité considérable de chants traditionnels nationaux.(…) Sa thèse de doctorat en ethnomusicologie achevée en 1906 (Structure strophique dans le chant traditionnel hongrois) montre bien l’intérêt de plus en plus grand qu’il porte à la musique traditionnelle. Bien que profondément ancré dans ses racines musicales hongroises, Kodály est également un précurseur formel (…)  il a jailli du sol paysan hongrois et de la musique française moderne (…) Kodály a créé une œuvre chorale très importante. Il utilise notamment des chansons, des contes, des ballades et des mélodies populaires. Celles-ci reprennent des scènes de vie paysanne, des thèmes bibliques ou héroïques avec l’accent magyar. Il développera de nombreuses méthodes d’enseignement de la musique, dont on parle encore aujourd’hui sous le terme de méthode Kodály, initiant les jeunes enfants au chant et à la tradition chorale. Kodály restera sans doute comme le créateur de l’art choral du xxe siècle.

Zoltán Kodály – Wikipedia: https://fr.wikipedia.org/wiki/Zoltán_Kodály

Le père de Fanfan l’emmenait, elle et son frère au festival d’Avignon. Non pas par amour du théâtre mais parce que le parc des jardins du Palais des Papes devenait impraticable pendant cet événement puisque Fanfan passait devant avant de s’y rendre et qu’elle le suppliait toujours de rester. Cela ne lui déplaisait pas non plus et il était aisé pour lui de voir que ses enfants étaient émerveillés par l’ampleur de l’évènement. Et il y avait de quoi ! Tous ces gens qui jouaient dans les rues ; les uns à côté des autres ; si serrés que lorsque l’on regardait un spectacle, on entendait également celui de droite et celui de gauche en même temps. Une sorte de stéréo qui n’était en aucun cas une gêne. L’être humain est doté d’un formidable organe du nom d’oreille sélective. Les enfants, eux, étaient absorbés dans les histoires qu’ils vivaient autant que les acteurs toutes les intrigues. Fanfan ne manquait pas de subir de brusques retours à la réalité et de planer un peu avant d’atterrir pour revenir au quotidien. Les premières années, ils n’allaient que sur la place du Palais. Puis, années après années, le phénomène s’étendant dans toutes les rues du centre-ville d’Avignon, ils profitaient de l’ensemble du spectacle, de toute l’ampleur de l’évènement. L’ambiance était un peu celle des fêtes de Bayonne sauf que l’ivresse venait des spectacles et non de l’excès de boisson. Et cette foule ; qui permettait à peine de circuler… Ils ne choisissaient plus ce qu’ils regardaient ; ils étaient embouteillés devant tel ou tel spectacle. L’aventure était extrêmement plaisante. La surprise d’autant meilleure, même si parfois ils tombaient sur un truc qui ne leur plaisait pas du tout. Et comme j’adore Forrest Gump, le personnage, le film et la bande son, disons que lorsqu’ils allaient au festival, ils ne savaient jamais sur quoi ils allaient tomber. Ce festival était comme une boîte de chocolats et les spectacles qu’ils aimaient étaient d’autant meilleurs qu’ils en avaient vu d’autres qui leur déplaisaient. Et même parfois, c’était ceux qui leur déplaisaient qui avaient un goût qui restait en bouche car ils les avaient interpellés, fait réfléchir et parfois changer d’idée. Ce festival était fait de rencontres inattendues ; et comme dans la vie, c’était sa diversité qui faisait sa richesse. C’était sa diversité qui faisait son intelligence car il n’y a pas de bon et de mauvais goût ; il n’y a que notre goût et celui des autres. La rencontre permet le mariage des saveurs, un liant entre les différents êtres humains de tous âges, toutes origines, tous milieux sociaux. C’est là que réside toute sa beauté.

En grandissant, Fanfan avait fini par devenir actrice de ce type d’événements. Lors des fêtes de la musique, elle chantait chaque année dans les rues avec ses chorales ou, à l’occasion, jouait de la flûte. Elle voyait le public qui allait et venait ; comme des vagues de cet océan humain ; s’échouant ici et là, puis repartant. Au début, elle regardait si famille et amis étaient là; mais n’en voyait point… En grandissant, elle se rendit compte que c’était bien parce qu’ils n’étaient pas là que le don de son art, aussi petit soit-il, aussi modeste soit-il, avait du sens. En effet, proposer un spectacle à la sphère familiale ; comme elle le faisait, petite, dans le salon, à la maison, est une prémices nécessaire pour surmonter sa timidité, mais les louanges de la famille et des amis sont forcées. Un public d’inconnus aime ou n’aime pas. Il reste ou il part. Quel honneur quand il reste ! Quel plaisir de pouvoir partager ce qu’on aime ! 

Que ce soient les acteurs d’Avignon ou les enfants de son école de musique, personne n’était payé. Au festival, un chapeau passait à la fin de chaque représentation, mais le père de Fanfan ne donnait jamais rien. On ne partage pas son art pour de l’argent mais par amour de son art, et surtout des autres. Les artistes méritent d’être rémunérés. Mais ils ne le font pas seulement pour être rémunérés sans quoi ils ne peuvent vraiment être artistes. Car chercher à plaire ne laisse place qu’au consensus et le consensus n’est pas le partage de ce que l’on aime, le consensus n’est pas une rencontre sincère. Mais comme l’artiste fait vivre cafetiers, boutiquiers, restaurateurs et hôteliers, il est bien normal de leur reverser une partie de ces recettes. Et les artistes doivent beaucoup travailler pour pouvoir s’exposer. Il faut bien qu’ils vivent.

Petit à petit, le festival d’Avignon s’est renfermé dans ses murs. Quelle tristesse de voir ses rues où la marée humaine avait laissé place à des ruisseaux de taille moyenne qui ne s’arrêtaient plus ; les gens allant d’un point à un autre, les yeux rivés sur des plans et des programmes. Il y avait certes quelques rares animations de rues mais il était évident qu’elles étaient offertes par la ville tant elles cherchaient à plaire au plus grand nombre, finalement devenues déplaisantes pour tous, en dehors des quelques bambins qui n’avaient rien connu d’autre. 

Fanfan ne venait plus avec son père. Tout étant devenu payant, il ne battait plus les pavés de cet événement qui avait pourtant gagné en renommée. C’était la dernière fois qu’elle y mit les pieds. À quand cela remontait-il ? A l’an 2000 ? Fanfan comprit ce que signifiait
« acheteur pour Kiabi sur la zone Asie ». C’était le travail de Rose. Elle parvenait à obtenir des billets pour absolument n’importe quel spectacle, même ceux qui étaient bondés. Eh oui, l’époque des spectacles de rue était terminée ; il fallait maintenant se battre comme des chiffonniers et s’aligner dans de longues queues pour pouvoir assister à un spectacle. Fanfan avait adoré le cirque du soleil et la représentation dans la cour d’honneur du Palais des Papes. Elle y avait déjà été, l’année précédente, voir Nathan le sage  avec son amoureux et le beau-père de celui-ci. Elle comprit quelque chose d’essentiel, ou plutôt plusieurs choses essentielles. 1) Voir un spectacle avec des gens qu’on aime rend le spectacle 2 à 10 fois meilleur. 2) Les spectacles qu’elle avait vus avec Rose étaient tous absolument fabuleux, exceptionnels et elle était très heureuse que Rose lui ait fait ce cadeau. Mais elle préférait largement l’amateurisme où, comme dans une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber ; des fois on aime, des fois on déteste ; mais ça n’est jamais pareil. C’est une vraie rencontre humaine. C’est une rencontre artistique riche même si des fois le ridicule de certains fait rire. Au moins, les acteurs essaient de créer, d’innover et d’être eux-mêmes. Elle préférait cent fois cela au
professionnalisme qui formate, bien qu’il présente des choses qui, il faut le dire, sont très belles ; souvent bien plus belles que ne le seront jamais les performances des amateurs.  3) Elle adorait le pélardon avec du raisin blanc frais qu’elle partageait avec Rose le midi.

Fanfan n’est jamais retournée au festival d’Avignon. Mais elle a étudié le théâtre en classe d’hypokhâgne et khâgne puis à l’université et surtout elle a adoré les représentations de la Royal Shakespeare Company à Stratford-upon-Avon, ville natale de Shakespeare en Angleterre. Elle adorait la ville, elle adorait les théâtres, elle adorait être spectateur. Mais, de nos jours, on n’est plus debout, on ne parle plus, on n’a même plus le droit de manger dans les théâtres. Ça n’a pas toujours été comme cela. Ce type de théâtre a un charme fou, on s’habitue à son style, à sa classe et on finit par oublier que d’autres types de théâtre existent. Son 18, au BAC, Fanfan l’avait eu pour sa performance mais aussi pour son étude de l’espace théâtral. Le jury lui avait demandé, quel espace elle préférait et elle avait
répondu sans hésiter une seule seconde celui où l’acteur construit lui-même son espace en évoluant parmi son public. De nos jours, les seules personnes qui montent sur des caisses ne le font pas pour exprimer leurs opinions politiques, comme c’est le mythe aux Etats-Unis. Ceux qui cherchent à avoir un public dans la rue ne le font que pour mieux mendier ; à l’exception de certains musiciens qui sont les seuls à avoir gardé cet esprit de rencontre artistique : aller chercher le public et créer une surprise. Aujourd’hui, le théâtre passe par des intermédiaires : une salle fermée et payante c’est-à-dire qu’il faut faire des compromis avec les propriétaires de la salle et les exigences économiques. La télévision et la radio qui doivent plaire à ceux qui achètent des espaces de publicité. La publicité dans les journaux, les castings et j’en passe.

Alors, pour finir, j’aimerais vous parler du meilleur show que Fanfan ait jamais fait. Elle en était très fière alors même qu’elle s’était faite siffler par les spectateurs. C’était celui dont elle se souviendrait toujours. Alors, que certainement, ce n’était pas le meilleur moment qu’elle ait passé, et idem pour les autres victimes qui étaient les spectateurs et les autres personnes qui partageaient la scène avec elle. Elle avait brûlé les planches de nombreuses fois ; elle avait fait rêver, elle avait fait passer sûrement de meilleurs moments à pas mal de monde. Mais cette représentation-là, huée de tous, elle restera toujours gravée dans sa mémoire comme l’apogée de tout ce qu’elle avait pu faire. La représentation de l’imprévu est ce qui rend le public le plus interactif. Le public fait partie
intégrante du show. Et ça, c’est précieux.

C’était sa première année à Nîmes et le mois de juin approchait. 1996 était l’année où elle avait dû changer toutes ses activités extra-scolaires. Elle avait découvert le conservatoire de musique où le professeur ne l’avait pas cru quand elle lui avait montré que non seulement elle connaissait Lully à 15 ans mais qu’en plus elle appréciait sa musique. Son professeur lui avait quand même récité la vie et l’œuvre de Lully comme elle l’avait prévu dans son bloc-notes, sans en changer une virgule. Un vrai papier à musique cette femme ! Bien sûr, elle répéta nombre d’éléments que Fanfan venait de lui dire. Quelques semaines plus tard, elle avait rejoint un groupe de rock afin d’abandonner la rigidité du professeur du conservatoire qui lui enlevait tout le plaisir de la musique et histoire de sortir de sa zone de confort. Elle avait fait sensation quand elle avait avoué ne pas connaître Queen, toujours à 15 ans. Le groupe n’en revenait pas et se demandaient d’où elle sortait. Mais leur gentillesse et bienveillance lui avait permis d’apprendre à mieux connaître le rock et aussi d’apprendre l’improvisation, exercice qui était contre-nature pour elle. Le professeur était extrêmement patient. Elle avait également découvert le conservatoire de théâtre de Nîmes et, comme beaucoup, commençait à ne plus pouvoir s’en passer. Elle servait d’accessoiriste et faisait des mini-rôles pour aider ses camarades qui jouaient la fantastique pièce de Boris Vian Les bâtisseurs d’empire. Son mini-rôle préféré étant celui d’un des Schmürz envahissant la scène à la fin de la pièce.

La veille de la fête de la musique, la troupe avait joué en deuxième partie de soirée à l’université de Montpellier dans l’un des amphithéâtres de l’université. C’était en semaine. Il avait ensuite fallu tout ranger, puis ils étaient allés dormir sur des matelas
improvisés chez une des actrices et pris le train vers 6h pour être à 8h en cours au lycée à Nîmes. A midi, Fanfan alla répéter au conservatoire pour une scène de Peer Gynt d’Ibsen, qu’elle préparait avec un autre acteur pour le spectacle de fin d’année. Elle était retournée au lycée puis avait retrouvé le groupe de rock dans lequel elle jouait, en début de soirée, dans un bar qui était bondé pour l’occasion. Quelle jeunesse, c’était un emploi du temps de ministre et elle manquait de sommeil. Le professeur les plaça sur scène. Fanfan était assez sûre d’elle car aux dernières répétitions et à un concert auquel ils avaient participé, avec d’autres groupes, dans un champ, elle avait joué le morceau avec un très joli son. Par contre, son gros point faible et qu’elle n’avait absolument aucune oreille pour s’accorder. Le professeur était débordé car il y avait quelques soucis techniques. Le guitariste proposa gentiment de l’aider.

La musique commença. Très bien jouée par les autres musiciens. Puis, c’était au tour de la flûte de jouer le thème principal. Désastre ! Ils n’étaient pas accordés… Fanfan ne pouvait s’arrêter de jouer pour le faire car elle n’avait absolument aucune idée de ce qu’il fallait faire. Le guitariste continuait de jouer et elle en fit de même. Des sifflements commencèrent à se faire entendre ; pas trop en rythme. Fanfan ne savait que faire. Mais comme ils jouaient The Show Must Go On, elle se dit que le meilleur choix artistique était de suivre les volontés de Freddie Mercury. Après tout, le groupe n’avait pas de chanteur, alors il fallait bien donner du sens au morceau d’une autre manière !

Malgré la foule qui les huait et qui les sifflait de plus en plus fort jusqu’à ce que les musiciens ne puissent plus être entendus ; de quelques coups d’œil furtifs, le groupe décida de finir ensemble le morceau. Ils n’avaient que les notes, certaines justes d’autres fausses, mais ils allaient faire le show coûte que coûte. Fanfan n’avait jamais eu un public aussi participatif. Encore aujourd’hui, c’était un de ses meilleurs souvenirs sur scène.

Pour le plaisir, je vous laisse lire la seule chose qui manquait à leur performance: les
paroles de la chanson.

The Show Must Go On

Empty spaces – what are we living for
Abandoned places – I guess we know the score
On and on, does anybody know what we are looking for…
Another hero, another mindless crime
Behind the curtain, in the pantomime
Hold the line, does anybody want to take it anymore
The show must go on,
The show must go on
Inside my heart is breaking
My make-up may be flaking
But my smile still stays on.
Whatever happens, I’ll leave it all to chance
Another heartache, another failed romance
On and on, does anybody know what we are living for?
I guess I’m learning, I must be warmer now
I’ll soon be turning, round the corner now
Outside the dawn is breaking
But inside in the dark I’m aching to be free
The show must go on
The show must go on
Inside my heart is breaking
My make-up may be flaking
But my smile still stays on
My soul is painted like the wings of butterflies
Fairytales of yesterday will grow but never die
I can fly – my friends
The show must go on
The show must go on
I’ll face it with a grin
I’m never giving in
On – with the show –
I’ll top the bill, I’ll overkill
I have to find the will to carry on
On with the –
On with the show –
The show must go on…

Aurianne Or