Soins

« Of course, it is happening inside your head, Harry, but why on earth should that mean that it is not real? »J.K. Rowling, Harry Potter and the Deathly Hallows.

« On ne choisit pas d’être malade mais on choisit de soigner ou pas. » L’infirmière l’installa dans la salle d’attente. Son sourire rayonnant ajouta : « Attendez ici. Le robot neuro-sci va venir vous chercher dans un quart d’heure environ. »

« A plus tard », la salua-t-elle tout en accrochant sa jaquette au porte-manteau.

Elle se mit à rêvasser tout en profitant de l’accueil qu’elle avait eu. « C’est fou comme il y a des gens qui ont le don de vous remonter le moral. »

L’infirmière était le soleil de l’équipe, c’est elle qui assurait le management et, son co-équipier s’occupait des robots soignants.

Le fauteuil bergère de soins s’alluma et indiqua : « Mme Luz, veuillez prendre place. Le robot neuro-sci souhaite que vous fassiez quelques examens. »

Aliénor s’exécuta.

Un rideau s’ouvrit. « Acceptez-vous que le robot neuro-sci ait accès à tout ou partie de votre dossier ? »

« Acceptez-vous une prise de sang ? »

Aliénor cliqua sur « Oui » en réponse aux deux questions. Un bras s’avança et la piqua sur le bras.

« Acceptez-vous une prise de tension ? » Aliénor cliqua faiblement et dut recommencer. La machine lui demanda de mettre son garrot automatique. Il était doux comme du velours mais il lui serra le bras comme un gant de fer. C’est une image, bien sûr ; c’était la machine qui avait une structure en fer. La balance s’éclaira à son tour. « Pouvez-vous vous peser s’il vous plaît ? » « Où est le bouton « Oui » ?, ah ça y est, il était passé sur l’écran du fauteuil bergère. »

Elle s’exécuta.

La balance s’éclaira à son tour. « Pouvez-vous vous peser SVP ? »

Elle s’exécuta à nouveau.

Une fois, les soins prodigués, le distributeur de boisson lui proposa d’en choisir une sur son écran. Aliénor choisit un kiwi pressé. Ça faisait du bien, un peu de réconfort, pour relâcher la pression. Les fourmis lui remontaient son bras qui n’était plus rouge. Elle fit particulièrement attention à bien savourer chaque goutte du jus. Cela la détendit encore plus. Blong ! Un dossier arriva dans le casier parfaitement taillé à cet effet dans un meuble superbe en forme de branche dans le vent. « Veuillez compléter ces questionnaires et remettre vos relevés de sommeil SVP ? »

C’était principalement des tests de personnalité et sur les évènements majeurs qui s’étaient produits depuis le dernier rendez-vous. Aliénor remplit tout consciencieusement puis rangea le dossier et les relevés dans la case pour que ce soit transmis au robot-sci. BizZZzZzz !

Un chauve passa la porte et cela la libéra momentanément de ses angoisses. Elle était bien, mais quand même, la psychiatrie, que de mal-être elle avait eu dans le passé. Il déclama : « Oh ! Moi, je prendrai bien un jus de raisin. »

Immanquablement, la machine s’exécuta.

Il prit le petit verre d’un œil enjoué. « J’aurais préféré un petit Bordeaux… »

Immanquablement, la machine s’exécuta.

Sur son écran, on pouvait lire : « Votre quota alcool vient d’être épuisé. »

Chouf ! La porte s’ouvrit. Il avait une forme humanoïde mais les concepteurs avaient choisi de le recouvrir de rose métallique. La lumière s’y reflétait magnifiquement. Est-ce ça ferait un arc-en-ciel de toutes les couleurs si on le mettait face à un spectre lumineux ?

« Merci d’avoir coopéré. J’ai pu analyser tous les résultats et j’ai tous vos dossiers. »

« Parfait. »

Le robot neuro-sci mit cartes sur table et expliqua la biochimie de son cerveau.

« Souhaitez-vous que je vous lise les dossiers ? »

Aliénor refusa car elle en connaissait le contenu.

« Je suis un modèle de la série V22-Z. Nous sommes tous interchangeables et nous partageons notre mémoire. Quel que soit le robot qui vous recevra, vous aurez la même relation… »

« Qu’avec n’importe quel autre, oui je sais. Merci. »

Il parlait sans aucune compassion. Ses concepteurs avaient jugé qu’il n’en avait pas besoin pour s’occuper de la biochimie du cerveau.

Après avoir échangé quelques détails techniques, le robot en vint vers le cœur du sujet :

« Vous avez été opérée il y a cinq ans sur des gènes déficients. Cela a très bien fonctionné mais vous et votre environnement avez changés et du coup, vos gènes s’expriment différemment. Il va falloir une nouvelle opération pour que vous vous soigner avec la meilleure qualité de vie possible pour vous et pour la société. Je vais vous prescrire des médicaments pour préparer l’opération. Nous devons en effet attendre que le sommeil soit de meilleure qualité. Je vais faire venir une psychologue pour qu’elle puisse vous aider à gérer cette nouvelle et pour qu’elle fixe un rendez-vous au moment le plus adéquat. » Opération robots, prêt, feu, partez !

Elle patienta en salle d’attente qui était désormais toute blanche.  « Rien que d’être ici ça fait du bien », songea-t-elle. La politesse, le travail bien fait, une bonne communication entre les différents interlocuteurs et surtout distinguer ce qui fait partie du cas général (avec le robot) de ce qui est particulier (avec la psychologue). Elle sentait jusqu’au plus profond d’elle-même qu’elle allait guérir.

Un flashback fit irruption dans son cerveau. Elle était mal reçue dans son hôpital, les malades psychiatriques n’étaient plus traitées à part. Les hôpitaux publics mélangeaient des gens aux pathologies très différentes. Le protocole voulait qu’il n’y ait pas de droit de sortie dans le but d’observer le patient et de décider ou pas de sa sortie. Et ce, même après qu’elle y soit internée volontairement une dizaine de fois. Ils la connaissaient, bong sang ! Les dossiers, eux, semblaient caler au feu rouge et leur contenu était surnommé « la mythologie médicale ». Elle était présumée coupable et jetée en «prison» à chaque fois. « On ne vous connaît pas, alors il faut qu’on vous observe. » Les deux jours de confinement servaient à voir si le patient consommait des substances, ce qui n’avait jamais été son cas. Si la consommation de substance avait drastiquement diminué dès qu’on avait pu proposer des médicaments efficaces ; seuls ceux qui n’arrivaient pas à se défaire de l’addiction… Pauvres eux…   Les drogués (alcool, médicament, cigarette, cocaïne, …) étaient spéciaux toute l’année, mais ils avaient fait l’erreur de s’auto-médiquer avec ces substances ce qui révélait à quel point la « médecine mythologique » était inefficace… Quand on a une maladie du foie, ça ne se voit pas, et les patients font confiance à leur médecin et se soignent. Pourquoi le malade psychiatrique devrait voir ce qu’il a pour qu’on accepte de le soigner? Et finalement, ce qu’on reprochait aux malades mentaux étaient souvent liés plus à la consommation de substance qu’à la maladie qu’ils cachaient ainsi.  Et puis, à la décharge des hôpitaux, il est parfois difficile de se souvenir ou de reconnaître les comportements de malade par les malades.

Puis, à la libération, on était confiné dans un parc avec des sentiers. D’ailleurs, l’idée qu’ils ressemblaient à des loups dans un zoo avait fleuri. Une fois, un chien loup en laisse était sur la terrasse, au milieu des anxieux fumeurs. La comparaison entre les patients et les loups était assez cocasse. Même s’ils montraient parfois les crocs, même s’il y avait parfois des accidents, le génocide qui avait été opéré contre eux était complètement disproportionné. La peur et non les faits avait rendu la vie des loups insupportable. Désormais, il n’en restait plus qu’au zoo. Un mouton de perte une fois de temps en temps, était-ce une exigence si déraisonnable ?

Qu’avait-elle fait pour mériter cette privation de liberté en dehors de chercher à se sentir bien et à ne plus nuire aux autres ? Ils n’avaient qu’à consulter son dossier médical s’ils souhaitaient savoir comment elle se comportait. Le personnel paraissait blasé. « Les fous, on s’en fout ! » aurait pu être un de leur mot d’ordre de grève.

Malheureusement, la mythologie médicale qui constituaient ces dossiers ne les aidait pas beaucoup. Très mal tenus et avec des quiproquos liés au manque d’écoute ainsi que des hyperboles excessives pour justifier les internements de force ou justifier le peu d’efficacité du traitement ; ces dossiers ne servaient qu’à renforcer les préjugés. Seules les dates des différents traitements était bien au clair, ainsi que les signalements ou plaintes ou dettes ou prison ou autres. Bizarrement, les informations dans ces domaines circulaient, elles, parfaitement bien. La plupart des médecins et les infirmières avaient peu d’empathie. Etait-ce pour pouvoir tenir le coup ?

Rejetaient-ils leur propre stress sur les patients si bien que c’était dans les moments les plus difficiles que les patients devaient se battre pour être soigné, d’une manière plus ou moins efficace selon les cas, avec ou sans l’aide de l’entourage qui assumait alors une surcharge de travail en saisissant les associations de défense des malades, secouer les mutuelles pour qu’elles se dépêchent, demander l’accès aux bilans, ou en insistant au téléphone pour avoir l’avis de chaque soignant ; et, avec au travail, une gestion du remplacement. « Bon sang ! Quel intérêt d’y être si on n’a pas la visite du médecin au moins une fois par jour. », avait une fois commenté la personne qui partageait sa chambre. L’attente latente pour avoir quoi que ce soit, une serviette, un médicament, une couverture, un nouveau traitement, une nouvelle chambre. Les médecins passaient à la fréquence de la comète de Halley. Les malades mentaux étaient relégués au rang de mendiant, à toujours demander tout. Per contre, les sacs des visiteurs n’étaient pas surveillés, ce qu’il fait qu’on pouvait avoir tout ce qu’on voulait, oui tout, à condition d’avoir un complice.

Et puis, toujours cette idée, que si on informe le patient, il va péter un câble. C’était bien plus l’inverse qui se produisait. Quelle souffrance de ne pas savoir ce que l’on a. Cela menait juste à délaisser le médecin et à demander des explications à l’entourage c’est-à-dire à étendre les effets de la maladie à l’entourage. C’était ça faire son job ? Eviter la crise dans son petit bureau pour que ce soit la famille qui se la taperait ?

Désormais, leurs homologues métalliques les assistaient dans leurs tâches ce qui les rendaient plus ouverts et plus enclin à les écouter. Cela coïncidait aussi avec le fait que les quotas de médecins avaient été supprimés et le travail réduit à 15h obligatoires par semaine. Tout le monde veut être en bonne santé et agréable en société. L’instinct grégaire…. Si les malades refusaient les soins, ce n’était peut-être pas du fait de la maladie mais plutôt de l’inefficacité des hôpitaux et des drogues prises illicitement ou pas. Les maladies étaient désormais diagnostiquées dans l’enfance et l’industrie de ces substances s’étaient écroulées.

Par chance, il y avait parfois un médecin qui arrivait à les guérir. Ils étaient alors surchargés par la demande et réagissaient en augmentant leurs prix. Mais, en augmentant le nombre de leurs patients, ils finissaient par n’avoir que la moitié du cerveau pour réfléchir, ce qui affaiblissait la qualité de leur travail. L’incubation, c’est essentiel sapristi ! Comment pouvait-on travailler 50h/semaine sans baisse d’efficacité. Et il faut de temps consacré à la recherche.

Victimes de leur maladie, victimes des tabous, victimes de leur exclusion, victimes de leurs soins ; certains faisaient le choix du pire destin et s’exécutaient.

Un énorme sourire fit irruption dans la pièce. Aliénor se rendit compte qu’elle ressassait le passé. Ses idées noires, qui avaient refait surface. Elle s’était habituée à ne plus en avoir ces cinq dernières années.

C’était la psychologue. Son visage était aussi harmonieux qu’un lotus en chair et en os. Cette dernière lui serra la main puis l’informa qu’elle avait une heure à lui consacrer. Combien d’heures passées dans son bureau ou au domicile d’Aliénor ? C’était impalpable en quantité mais pas en qualité ! Les rendez-vous n’étaient pas réguliers, la psy était disponible quand cela était nécessaire, voilà tout. Rien ne pouvait remplacer ce type de contact humain. Elle la suivait depuis… bien vingt ans maintenant. Avant de la rencontrer, il y avait un tel turn-over à l’hôpital et en ville qu’elle avait l’impression de ne pas avancer, de passer son temps à dire les informations pour démarrer… Faire connaissance puis le soignant prenait une décision au bout d’un quart d’heure. Le passé resurgissait à nouveau ; et elle se força à être dans le présent. « Regarde, Ecoute, Touche, Sens, goûte » firent intrusion dans ses pensées.

Elles discutèrent de choses et d’autres devant un thé au jasmin. Aliénor appréciait que Mme Chaux fasse son diagnostique tout en la ménageant. Mme Chaux consulta le robot neuro-sci et lui tendit une feuille :

(a) Opération CRISPR pour modifier les gènes défectueux

(b) Traitement par phytothérapie et réflexologie

©  Traitement médicamenteux à prendre trois fois par jour

(d) Ne rien faire

La liste était classée dans l’ordre de préférence du robot neuro-sci et de la sienne. Aliénor fut tentée par la deuxième option car elle aimait les remèdes respectueux de la nature. Mais elle préféra la première option car un seul shot lui permettrait de ne plus penser à la maladie par la suite.

« Est-ce que je pourrait reprendre le travail ? », s’enquit-elle.

« Si vous le souhaitez, sinon je peux faire un arrêt. Vous avez 83 ans tout de même ! »

« Non, je préfère travailler. J’y vois du monde et mes collègues sont de vraies friandises. »

Quand Aliénor avait 40 ans, elle n’aurait jamais cru qu’elle dirait une chose pareille, de plus à huitante-trois ans. Elle n’en pouvait plus à l’époque… Le stress, le mauvais management, la compétition, … La réduction du temps de travail à 15h hebdomadaire pour tous avait été possible grâce à la robotisation de la société couplé d’une meilleure répartition des richesses. La société avait évolué à la vitesse de la rock science. Les humains n’occupaient plus que les postes où il fallait des caractéristiques bien humaines, à mpoins qu’ils ne fassent une demande. Il y avait toujours quelques farfelus qui préféraient le travail des robots, et leur point de vue différent était souvent précieux.

Surgit un souvenir dans sa tête qui fit tomber l’ambiance. Elle pensait à la révolte qui avait eu lieu une fois alors qu’elle était hospitalisée. A 4h du matin, les malades mentaux avaient mis la musique à fond dans les couloirs. Chaque étage n’était pas accordé sur la même musique. Ça n’avait servi à rien, bien sûr, mais finalement ; ils reprochaient à leurs soignants d’être beaucoup trop métallisés avec leur sacré proticole. Aliénor se creusa la tête pour imaginer une statue représentant le bien trop vénéré protocole.

Mme Chaux la sortit de sa rumination. « Aliénor… Aliénor… Pouvez-vous venir après-demain soir. J’ai interrogé la base sur votre sommeil et cela ne réduira en rien votre travail puisque ce n’est pas un de vos jours travaillés.»

« Très bien. »

« Il serait préférable de venir la veille pour que l’hosto optimise les conditions de l’opération (qualité du sommeil, régime alimentaire, prises de sang, ect…) ».

Aliénor se réjouit. Le chef cuistot de l’hôpital était un passionné, très créatif. Il avait une base de donnée avec tous les goûts d’Aliénor, et ce depuis sa première visite à l’hosto.

Encore un bienfait des 15h/semaine. On pouvait se reconvertir pour sa passion facilement.

On avait le temps ?!! Un robot-prof loué à la journée était suffisant. Les concepteurs les avaient recouverts de peau humaines, fabriquée par greffe, pour que les élèves se sentent plus à l’aise mais le robot en chair et en fer faisait plutôt pitié à voir. De plus, c’était tr ès coût et très contraignant du fait du contact de la peau avec l’électricité solaire. Les professeurs de l’université pour tous étaient disponibles pour compléter la formation des robots-enseignants et pour les aider à se repérer dans les portails internet où toutes les connaissances étaient débattues et toute idée notée par ses pairs. Tous les cours étaient des cours particuliers et étaient dispensés sur demande et à n’importe quel âge ou statut social (non pas la statue du protocole, ça n’a rien à voir).

C’est grâce à cela que la recherche dans tous les domaines avait fait un bond lunaire. Et surtout la recherche en neurosciences. Le retard Everestique avait été rattrapé en quelques années seulement. Ce phénomène était désormais surnommé mission doudoune.  .. « Mission doudoune… Quelle bonne blague ! » La lèvre supérieure d’Aliénor forma une sorte de sourire-grimace assez niais. La psychiatrie n’était plus l’Alien de la médecine. Son mari avait ainsi été soulagé des heures de soins infirmiers qu’il lui prodiguait depuis leur rencontre. La solidarité de leur couple avait été allégé. Leurs pas guillerets les avaient amenés à voyager plus. Et il y en avait des beaux coins sur cette planète. Malheureusement, quelques catastrophes « naturelles » … Enfin, c’était une expression tant elles avaient été le fruit de l’avarice de quelques-uns… Sans aucune autre raison que « l’altère des traditions », la chambre était aseptisée. Sur la porte on pouvait lire des consignes, histoire de savoir ce qui était autorisé ou non. L’infirmière frappa à la porte et attendit qu’Aliénor vienne lui ouvrir.

« Voici le robot-soin qui va vous accompagner. Il enregistrera aussi votre sommeil pour que le psychologue et le robot-sci puisse comparer les effets de l’opération avant/après. Il est préférable que vous soyez couchée à 22h. Bonne nuit. »

« Guten agen », répondit Aliénor.

Que c’était top d’avoir une chambre individuelle ! Dans le temps, les patients s’agressaient à coups de cigarettes au lit, prêtes à faire brûler l’édifice, ou d’autres carrément qui, en plein milieu de la nuit, hurlaient au-dessus du lit de l’autre patient qui avait le malheur de partager sa chambre. Aliénor n’était jamais à son aise quand il fallait dormir avec un aliéné en pleine crise. Heureusement qu’il y avait les groupes de malades encadrés par une gentille infirmière. Mais il fallait quand même une bonne mutuelle qui agissait au bout de trois ou quatre jours pour obtenir la chambre individuelle. Les associations aussi devaient être mobilisées pour obtenir des soins efficaces sans avoir à harceler le personnel à chaque fois que l’on souhaitait un médicament. Les rechutes étaient vites arrivée.  La panacée cette chambre !

« Oups ! C’est l’heure du repas en salle. » Aliénor enfila ses sabots. Les portes se fermaient automatiquement mais seulement quand Aliénor avait quitté les lieux. Cela évitait les vols.

Ça sentait bon la sauce tomate. Aliénor s’assit à sa place et salua les autres patients en ronde autour de la nappe. Elle cliqua et obtint du mascarpone avec des framboises fraîches et un peu de menthe fraîche, elle aussi. Les convives avaient une conversation tout à fait normale, pas comme dans le temps où il fallait par moments supporter le comportement de drogué en manque, les agressifs et les amateurs de grivoiseries.   Certains partageaient leur repas avec leur conjoint, leur famille ou un invité. Ils avaient alors une table rien que pour eux. Tout était très détendu.

« Les malades d’aujourd’hui auraient été considérés sains autrefois.  Quelle chute de géant quand le tabou psy était tombé ! » Cela avait été un peu le fait du Prince qui avait pris ce tabou comme monture de bataille ; mais surtout des référendums qui avaient dit oui à la recherche dans la plupart des pays consultés. Quelque pays étaient toujours des dictatures mais le référendum s’était banalisé dans le monde. Ces référendums permettaient également de voir les idées avec lesquelles les pays étaient d’accord et favorisait donc le travail collaboratif entre chefs d’Etats.

Les paupières d’Aliénor se refermèrent. « Sacré somnifère ! ». Après avoir salué le groupe, elle alla se coucher et dormit comme un cheval ; le robot-soin à ses pieds.  Il l’avait aidé à choisir son réveil, et elle avait choisi un bip assez doux. Elle n’aimait pas quand une infirmière ou un robot-soin fasse irruption dans la chambre sans avoir frappé. C’était, à son avis, un réveil beaucoup trop brutal.

Un bip retentit et le robot-soin l’emmena vers la douche. Il portait ses vêtements, le savon, l’argile verte et les chaussures. C’était bien pratique… Il avait la forme du célèbre R2D2 avec des bras en plus. Son tissu au motif traditionnel lui donnait un air de rideau. Cette pensée traversa l’esprit d’Aliénor. « Le concepteur de ce robot s’est lâché ! » Elle se retenait de rire.

Il la conduit ensuite vers la salle à manger. Il lui demanda simplement « Opé ? ». C’était une blague de robot qui signifiait : « opérationnelle ?». Il cherchait à la détendre mais alors qu’elle s’amusait, elle ne pouvait ignorer ses muscles qui étaient tendus malgré tout.

Elle avait peur, malgré sa confiance dans la réussite de cette opération. Les plaisanteries des autres malades l’aideraient à table à penser à autre chose. L’odeur des viennoiseries amenée pour le petit déjeuner chatouilla ses papilles. « Non ?!! Pourquoi non ? » Le robot soin mit son témoin au rouge. « Mauvais pour Opé » Cela ne la fit pas rire du tout. « Un yaourt et basta ! » rajouta le robot-soin. L’odeur des gourmandises, si réconfortante au début finit par lui taper sur le système. « Tiens, si je lui tapais sur la tête ! » spécula-t-elle. « Non, ce n’est pas parce que c’est un robot qu’on doit mal se comporter. » La torture dans le nez, elle se résigna et répondit « No problemo. »

A l’approche de la salle d’opération, son cœur se mit à battre la chamade. Après tout, les gènes, c’est ce qu’il y a de plus intime. Elle avait peur de devenir quelqu’un d’autre alors qu’elle faisait justement cela pour être quelqu’un d’autre. Elle avait très peur de perdre le contrôle d’elle-même, de ne plus faire ce qu’elle souhaitait, de se sentir dans un carcan, la tête dans un étau ou le cœur agité. Elle pourrait vivre en pleine conscience de son environnement sans que des pensées envahissent son esprit et se superposent à sa vie.

Son idéal à elle, c’était de ne plus avoir de moment de désespoir ou d’idées suicidaires. Plus d’attitudes bizarres, qui étaient très occasionnelles dans son cas, deux à trois jours tous les 6 mois environ mais qui suffisaient à faire peur aux autres et par la suite à se faire exclure. L’exclusion était une réponse violente et disproportionnée par rapport à son état. Les gens qui ont peur font les mauvais choix.

Ceci dit, après les campagnes d’information, les gens avaient moins peur des comportements atypiques. Les campagnes avaient insisté sur le fait que les mentaux étaient bien plus souvent, et de manière très tranchée, victimes qu’auteurs de violence.

Le passé resurgissait. « Focus » s’ordonna-t-elle.  Vivement l’opération pour que le présent reprenne le dessus. Elle commençait à en avoir marre de ces souvenirs. « C’était pire avant .. Eh bien, cocotte, profite du présent ! » se motiva-t-elle. « Focus »

Aujourd’hui, elle était maîtresse de son destin. Elle n’avait plus peur.

Tout était blanc dans la salle d’attente. « Il y a eu des enfants juste avant. » l’informa les dents d’un blanc éclatant. « Vous pouvez jouer au décorateur d’intérieur si vous ne voulez pas avoir mal à la tête dans 10 minutes. » Aliénor choisit des murs murs recouverts d’une tapisserie verte au motif très raffiné de différents animaux. Elle sélectionna ensuite des chaises très douces de velours vert sombre et un canapé en cuir beige, un tapis vert pour finir le tableau et elle trinqua avec un kiwi pressé aux somnifère.: « Un verre eau vert ! »

Elle ouvrit les yeux. Les machines qui l’avaient opérée sentaient le neuf. Le contact était froid. Qu’est-ce que c’était ? Du métal ? Non, sans doute, une nouvelle invention. Des inventions, il en pleuvait !

« L’opération est terminée, je vais vous raccompagner à la sortie. » Le robot-soin tournait sur lui-même à vive allure.

« Quelle allure, ce robot-soin. » s’amusa Aliénor. « Alors, ça y est. Je serai toujours moi-même et dans le présent. »

« Si cela n’est pas le cas, il faudra reprendre rendez-vous avec la psychologue et le robot neuro-sci.

« Danke so much », conclut-elle en s’adressant aux machines.

Son mari vint la chercher.

« Alors, comment c’était ? »

« Ouh là là, mon chéri ! C’était toute une histoire ! »

T-soin T-soin T-soin, la blague pourrie…

Aurianne Or


Une histoire anecdotique de la psychiatrie suisse | Gérard Salem: livre sur L’histoire de notre psychiatrie racontée par sa descendante en 2050: http://www.gerardsalem.com/une-histoire-anecdotique-de-la-psychiatrie-suisse/

De l’asile au centre psychosocial : Esquisse d’une histoire de la psychiatrie suisse Broché – 1 janvier 1996 de Christian Muller: https://www.amazon.fr/lasile-centre-psychosocial-Esquisse-psychiatrie/dp/2601031689

Conférence hommage à Christian Muller: http://isps-suisse.org/wp-content/uploads/Hommage-%C3%A0-C-M%C3%BCller.pdf

Prince William makes Davos appeal to break mental health stigma – guardian: https://gu.com/p/ah2c4/stw and Prince William more CEOs need to talk about mental health: https://youtu.be/tPqpDQg0hFI

MIT research institute commited to understanding the brain in health and disease – McGovern Institute: http://mcgovern.mit.edu/about-the-institute

Mental ill-health at the workplace: Don’t let stigma be our guide – ILO: http://www.ilo.org/global/about-the-ilo/newsroom/features/WCMS_316838/lang–en/index.htm?shared_from=shr-tls

John le Carré, The Constant Gardener: https://www.goodreads.com/book/show/19000.The_Constant_Gardener and https://en.wikipedia.org/wiki/The_Constant_Gardener_(film)

Wikipedia on Mental disorder: https://en.wikipedia.org/wiki/Mental_disorder

Prangins

Quand Hergé a dessiné cette bâtisse,
Savait-il qu’elle serait pleine de
Professeurs Tournesols ?
Quiproquos, trous de mémoire et mauvaise articulation,
Que d’aventures dans cet hosto !

Tintin va-t-il chasser les méchants,
Pour venir aider les malades débutants et confirmés ?

« Mille milliards de mille sabords, qu’est-ce qu’il raconte ce bachibouzouk ?! »
Capitaine Haddock n’est jamais bien loin
Après avoir arrimé le bateau sur le lac
Il court avec Tintin vers de nouvelles aventures.
Hélicoptères et malotrus sont dans l’obscurité.
Je vous laisse imaginer
Ce qu’il va se passer.

Un jour comme ci,
Un jour comme ça,
Les gens changent au grès des médicaments
Et du nombre d’heures de sommeil ;
Et à quelques occasions de drogues ou de leur substitut.
Beaucoup de fumée de cigarettes de stress
« Ce n’est pas le moment d’arrêter. »
D’autres restent fidèles à eux-mêmes.

Il y a ceux qui restent,
Il y a ceux qui partent,
Il y en a qui trouvent que c’est leur deuxième maison.
Il y a ceux qui crient,
Ceux qui sont tranquilles,
Ceux qui dorment,
Ceux qui se débattent.

Certains passent par toutes ces phases
Mais la plupart du temps,
Les malades sont calmes
Et pas Tins Tins !
Est-ce que c’est à ça que s’attendait Tintin ?

Non, tout le monde ne crie pas à Prangins,
Non, tout le monde ne dort pas à Prangins,
Non, tout le monde n’est pas agité à Prangins.
Bien sur que, ça arrive,
Et quand ça arrive, ça marque les esprits
Qui du coup oublient tout
De leur comportement le reste du temps.

Venez par vous-même rendre visite à ces patients,
Et vous verrez…

Vous verrez
Que les clichés sont loin de la réalité.
Hollywood, presse, politiques ou les autres veulent vous faire peur.
Ce qu’ils disent n’est pas incorrect
Mais les proportions ne le sont pas.
Ce n’est vrai que pour certaines personnes à certains moments.

Et puis, je vais vous dire,
Statistiquement, vous en côtoyez ou êtes vous-même malades.
Vous ne remarquez portant rien…
C’est bien la preuve que ces maladies psychiatriques sont gérables.

Venez voir la réalité
Venez visiter les malades.

Le mécène de la maladie mentale ?
Prince William à la rescousse !
Va-t-il réussir à faire tomber les tabous
Et à rabibocher les gens ?

Tintin va-t-il réussir à faire un reportage sincère sur l’hôpital de Prangins ?

Aurianne Or

La maison était à 3h de route du boulot
Puis un T2 minable,
avec la moitié de la chambre bouffée par le toit
L’appartement n’avait pas de chauffage
L’autre avait un ruisseau qui coulait de la cuisine à la rue en passant par le salon
Et l’électricité installée il y a 30 ans
Notaire et élu municipal cul et chemise
Mariés, 
Au cul le courrier de la DASS qui déclarait le logement insalubre
Surtout avec un bébé
3 mois de double loyer
Sympa quand on vient d’emménager
Et qui paie l’hôtel et l’emménagement dans
Le troisième appartement
Minuscule
Le lit d’1m20 rentre à peine et pas d’isolation
Zut, près de la préfecture
En bas c’est la révolution des ouvriers des chantiers
On est plutôt de leur côté que de l’autre
Mais les flammes de deux mètres sur le bitume
Les gaz lacrymogènes
Et les lancers de VRAIS pavés
On s’en va loger
Chez les arrière grands-parents
Qui ont une énorme maison
Ils n’utilisent que le rez-de-chaussée.
Nouvelle maison, nouveau déménagement
Cette fois c’est grand
Mais les murs sont infestés
La petite fait otites sur otites
Ça y est, c’est décroché
Nouveau boulot, dans un climat plus chaud
Plus d’autites
Mais la voisine, quand elle tire la chasse
Ça nous tombe sur la tête.
C’est assez, cette fois on a pris
L’assurance juridique et non la protection juridique
Ils sont obligés de réparer
Tout d’un coup, ils s’activent…
Mais ça coule à nouveau,
Et à nouveau,
Et les travaux ne se terminent jamais.
L’immeuble d’à côté a brulé
Si, si, celui en face de la cathédrale
Faut dire que l’électricité dans les bâtiments historiques
Et y compris dans notre immeuble,
Ça laisse sérieusement à désirer.

 La France n’est qu’une belle façade,
Une belle vitrine

 Cette fois on ne déménage pas
On réfléchit

 Deux salaires de fonctionnaires
Ça ne permet pas de se loger à 3 ?
Vous rigolez ou quoi ?
Cette fois, on va déménager pour de bon
On se barre

 A l’étranger
Et vous savez quoi?
Les déménageurs nous ont remboursés 300 balles
Parce qu’on avait tellement bien tout organisé
Qu’ils avaient gagnés une journée de travail
C’est la première fois qu’on es valorisé
et qu’on y gagne à déménager
Et maintenant,
On ne déménage plus
On profite…

 Aurianne Or

« Quoi comme chèvre ? »
« Des pélardons… Oui, s’il te plait. Deux mercis. »

Ça n’était pas des pélardons,
Ça n’y ressemblait même pas,
La croûte craquetait beaucoup trop,
La couleur était crème
Au lieu du blanc vivant du lait
Et ça coulait beaucoup trop
Et en plus, le goût était fade
Ou peut-être n’était-ce que du pélardon mal préparé ?

Ce fromage vient de l’Antiquité
Son savoir a été préservé de générations en générations,
Dans les Cévennes arborées de châtaigner
Il survit à ceux qui le fabriquent et qui ont réussi à préserver cette culture orale
Les paysans passent, les fromages restent
Il est très particulier
Les copies sont mauvaises

Elle n’avait pas la chance
De Proust
De pouvoir se remémorer
Un souvenir d’enfance
A partir d’un goût
Précieusement conservé par un membre de sa famille

« Oh, quelle chance, je ne savais pas que c’était ton fromage préféré ! »
Quel menteur, d’après ses souvenirs, elle lui avait déjà dit au moins en trois occasions.
Son hôte ne faisait que redemander cette magnifique histoire où sa voisine dans les Cévennes fabriquait les meilleurs pélardons qu’elle n’avait jamais dégustés.
« J’étais enfants, je tirais parfois le lait des chèvres, j’aillais avec elle garder le troupeau. Nous mangions du pissenlit et ramassions des châtaignes. »
Son hôte n’écoutait même pas la fin de l’histoire. Les discussions avaient repris leur cours
Et elle conclut, se parlant à elle-même, « elle avait une cave rustique ; avec des pélardons aux affinages différents ; du mou au dur, du blanc aux tacheté de bleus. »

Il lui redemandait cette histoire comme s’il ne la connaissait pas,
Juste pour la faire avaler un fromage sans goût et sans personnalité.

« Il est très bon », conclut-elle, bien forcée car tout le monde l’avait regardé le manger.
Elle se sentit comme Howard Hughes, joué par Léonardo Di Caprio dans le film « L’Aviateur », à qui on sert un animal avec la tête et une assiette inspirant le dégoût.

D’ailleurs, plus tôt, son hôte avait tenu à couper la tête du chapon devant elle.
Tout ce qu’on pouvait dire, c’est que ça ne volait pas haut, et qu’il avait des intentions. Que voulait-il quand il s’exprimait à travers la nourriture ?
Son hôte n’était autre que Gérard, le nouveau compagnon de sa mère. Et oui ! A Noël, on en rencontre du monde… Il y a aussi des cousins qui apparaissent puis disparaissent à jamais, des disputes qui font qu’on doit réserver une année à l’un et une année à l’autre, des divorces, des gens qui ne trouvent même plus de mots pour désigner leurs liens de parenté (par exemple, je suis le fils de compagnon de sa mère, aucun lien de sang) … Qu’on reverra peut-être, ou pas, les autres années. C’est ça les réunions de famille, on se croirait au pub.

D’ailleurs en parlant du pub, Gérard avait une cuisine ouverte avec des tabourets de bar. Il était perché sur l’un d’entre eux. Il lui expliquait très gentiment le menu. Il devait y avoir 25 plats.
« Tu es sûr qu’on a besoin de tout ça. Je préfèrerais : entrée, plat dessert. »
« Oui, ben moi je le fête comme ça. »
« Viens prendre un verre de punch. »

« Merci. Tu vois, je pense qu’on devrait faire saumon fumé ou foie gras, c’est trop sinon … »

Elle essayait d’éviter de gaspiller.
« Tu sais, je suis allée au marché pour dénicher les meilleurs produits. Je me suis battu pour réserver le chapon. C’est pas facile les courses de Noël. »
« Est-ce que tu as pris de la salade pour digérer tout ça ? »
« Non, pourquoi ? »
« Il y a deux jours, tu m’as demandé d’écrire le menu avec toi et j’avais suggéré juste un entrée, un plat et un dessert et une salade pour accompagner ? »
« Oh, je suis confus, j’ai oublié la salade »

« En gros, tu me demandes mon avis juste pour pouvoir dire que je suis d’accord avec ce que tu fais alors que tu ne m’as même pas écoutée… bonne impression de départ », se dit Joëlle.

La mère de Joëlle fit irruption dans la pièce. :
« J’ai entendu « salade » et regardez ce qui arrive ! » Elle faisait tourner la salade au-dessus de sa tête. Elle y avait pensé.
Bon ce n’est pas tout, mais il y a du boulot….

Gérard prit le chapon et lui coupa la tête. Victorieux, il paradait avec la tête décapitée de l’animal. Il prit ensuite la farce à la châtaigne et l’introduisit dans le bestiau.bIls pelèrent les patates ensembles.
Une fois ce travail qu’il considérait délicat, où il fallait quelqu’un qui sache s’y prendre ; il s’en alla rejoindre les ivrognes sur la terrasse après avoir vociféré des consignes sur la suite des opérations de cuisine puis ensuite les avoir écrites car il pensait que sa mère et Joëlle ne se souviendraient pas de tout.

Ce fut ensuite le tour de l’oncle Robert, qui décida de son propre chef qu’il était le plus qualifié pour ouvrir les huitres. Il était assez jovial et racontait une succession de blagues, pensant que c’était le seul moyen de communication sous la main pour s’adresser à elles. Il finit par parler de son fils. « Vous savez, il vit à New ahha ahha hhahhaha !! »
« Ahhahahh ! du sang ! Il s’est coupé en ouvrant les huîtres !! Vite, j’appelle les pompiers ! »
« Non, non, je vais le conduire !», ajouta le cousin Vladimir.

Après qu’ils soient partis, ma mère alla sur la terrasse pour amener des verres propres.

Un « Quoi » supersonique retentit. « Il a bu TOUTE la bouteille de Vodka » ??
La mère craignant beaucoup plus l’accident de voiture que la coupure pleine de sang. Quand ils rentrèrent trois heures plus tard, elle fut étonnée de les retrouver en vie.

La mère de Jöelle était contente d’être avec sa fille et de pouvoir être entre « filles » dans la cuisine.
Heureusement qu’elle aimait ça, parce qu’elles y restèrent toute la soirée. A peine le temps de faire un bisou aux enfants pour les coucher.
Au moment de passer à table, Joëlle commença à s’assoir comme à son habitude mais Gérard rétorqua, « non, non, non, les femmes, près de la cuisine. Ce sera plus pratique ! » Tatie Odile avait 86 ans mais elle dût quand même se conformer à la règle ; tout comme les enfants… Au moins, cette année ; elle ne passerait pas Noël toute seule. Qui avait été tous seul à Noël cette année. Oncle John n’était pas venu car cela lui revenait trop cher de venir. Mémé à la maison de retraite n’était plus capable d’en sortir. Bien sûr, le drogué n’avait pas intérêt à se pointer ; Joëlle pensait qu’il aurait sûrement une dose de plus et qu’il resterait sur son matelas… pas question de louper une dose. Elle pensait à sa voisine qui célébrait Noël toute seule mais que le reste de la famille avait refusé d’inviter.
Cette année, la famille homosexuelle était acceptée pour la première fois, les deux bébés et les deux mamans.

Ils avaient réussi à éviter de parler politique pour éviter le pugila qui s’en suivait d’habitude. Heureusement qu’on avait partagé sur Whatsapp le dernier Christmas Survival Guide.
C’est juste que le pub familial, n’avait une autorisation à délivrer de l’alcool qu’aux hommes (mineurs y compris) et que l’autre côté de la table donnait sur la terrasse où toutes les bouteilles étaient stockées. Les enfants avaient un buffet dans la pièce à côté.
Un débat sur le compost entre ses cousins avait commencé et elle en profita pour glaner quelques son conseils pour mieux utiliser les siens. Gérard parla par-dessus, il n’y avait visiblement que lui qui avait des choses intéressantes à dires, selon son propre jugement. En tous cas, c’était le seul qui était assez malpoli pour faire profiter à toute la table les blagues débiles auxquelles seul le mari de Joëlle rigolait. Le reste de la table commençait à utiliser leur bras pour les soutenir et avaient hâte que ce soit la fin. Au moins, les enfants à côté s’amusaient.

Très vite, Joëlle ne reconnut plus son mari. Fin bourré, il allait beaucoup plus loin que Gérard dans la misogynie et le racisme. Il avait même fait une « blague » sur elle, la viande, était soi-disant trop cuite, parce que sa femme n’était toujours pas capable d’utiliser un four qui était là depuis 3 ans. Ça ne lui ressemblait vraiment pas. A son habitude Joëlle était douce et calme. Un petit résumé de ce qu’elle avait fait tout la soirée et une petite tape sur la tête sortirent en réflexe défensif. Ça avait calmé un peu son mari, qui continuait ses blagues mais pas sur elle. Par contre, Gérard la regardait avec des yeux luisants. Quelques soient ses intentions, il considérait avoir gagné la première manche.

Joëlle ne le laissa pas gagner la deuxième. Ayant déjà perdu pour la cuisine, elle décida que c’était comme si elle travaillait pour les restos du cœur une soirée. Sauf qu’elle aurait préféré faire ça pour les pauvres plutôt que pour Gérard et sa mère qui passait un « tellement bon moment avec elle dans la cuisine ». Cuisiner pour des poivrots… qu’on ne voit qu’un an sur deux.

Au moins, les restes gargantuesques, son mari les emmèneraient le lendemain à la banque alimentaire.

Le lendemain, Noël, les cadeaux !
Joëlle et son mari regardaient les enfants ouvrir les cadeaux. Quelle bonne idée d’être juste en famille nucléaire pour une fois. On pouvait leur lire des livres, commencer à jouer à certains jeux.

« Ding Dong »
« Fallait pas rêver, ta mère veut voir sa fille et ses petits-enfants. Peut-être qu’elle apprendra mon nom un jour. Elle en aura besoin pour l’écrire sur ma tombe après m’avoir assassiné… »

« Les, enfants, venez, Mami Ceselha arrive ! » Joëlle était encore en pyjama.
« Bonjour ma chérie, je ne dérange pas… »
« Pas du tout Maman », mentit Joëlle, « oh ! bonjour Gérard »
« Bonjour. »
« Tu sais pas ma chérie, je jeune Kévin, après que vous soyez partis, on était tous couchés, il a fait un pari avec Jean-Pierre. Ils ont fait un concours à celui qui monterait le plus dans l’arbre. Le père de Kévin l’a aidé, du coup ils sont montés trop haut et ils ont fini aux urgences lui aussi et c’était plein, ils y ont attendu jusqu’à tard dans la matinée. »
« Ils ont un plâtre jusqu’au-dessus du genou. Un à droite, et l’autre à gauche… Tout cassé le Kévin… »
« Aussi, on n’a pas idée de donner de l’alcool à des mineurs,» conclut Joëlle.
Quelques ouvertures de cadeaux bruyantes et pleine de joie et après quelques explications sur le Père Noël si agile qu’il pourrait faire une tour de contorsionniste au cirque du Soleil, Joëlle retrouva son mari dans la chambre et laissa la génération la plus âgée sympathiser avec les plus jeunes.

« Ils vont s’inviter à déjeuner… »
« Je pense qu’on devrait aller au restaurant. Je te promets, je ne bois plus d’alcool de ma vie. Et puis je pense que Gérard voudra payer la note. On te verra au moins…. Sous une forme très détournée, il te donnera un petit salaire pour hier. »
« Et les autres fois… »
« Les autres fois, on verra ; s’il est là. En tous cas, merci, tu es la seule qui a tenu le cap. Ta mère est aveugle d’amour, moi j’avais trop bu et je me suis laissé entraîner par ce type ; les autres se sont écrasés, ils étaient presque tous aplatit sur la table. Tu es la seule qui tient le cap vers ce qui est bien. »
« Et Gérard, vers ce qui est mal. Comment on va faire pour voir Maman seule ? Tu te souviens, avant qu’il soit en couple avec Maman, qu’il a failli nous convaincre d’acheter une maison à crédit. Il n’arrêtait pas de nous presser, pour qu’on prenne une décision hâtive… sur un achat de maison, c’est grave là ! C’est toi qui l’a présenté à Maman ; mais imagine-toi si au boulot, s’il t’entraîne dans le genre de comportements que tu as eu hier. Tu peux le perdre…  On n’arrivera pas à boucle les fins de moi rien qu’avec mon salaire !»

« Mais si, il suffit de revendre tous les jouets que les enfants ont eu là pour Noël, je veux dire les 90% qui ne les intéressent pas, et de les revendre sur internet. La panoplie de princesse partira en premier. Ça fera plaisir…»

« Alors, ça, tu vois, je ne comprends pas. Ils savent qu’on ne s’en sort pas, même en travaillant à deux. Aide zéro. Ils ne les gardent même pas, ils ne les prennent pas en vacances. Et c’est de la part des quatre grands-parents. Et je ne leur demande rien, c’est pas la question. Et après, ils offrent des choses hors de prix à des gosses qui ne vont même pas y jouer. »

Joëlle travaillait à l’international, et elle avait remarqué que quel que soit la nationalité, les gens allaient vers les fêtes de fin d’année à petits pas et s’en retournaient à vive allure. Quand elle demandait après coup, « comment se sont passé les fêtes ? » la grimace était bien pire que celle qui répondait à « Vas-tu passer les fêtes en famille ? »

Il est vraiment temps que chaque famille reprenne possession des fêtes de fin d’année ;

Sinon, on va tous devenir chèvres…

Aurianne Or 


To read this story in English: https://aurianneor.tumblr.com/post/181461364025/and-theres-goat-cheese

Pélardon – Wikipedia: https://fr.wikipedia.org/wiki/Pélardon

Pour Noël, découvrez l’art de survivre aux disputes à table: https://www.huffingtonpost.fr/melissa-bounoua/pour-noel-decouvrez-lart-de-survivre-aux-disputes-a-table_a_23624731/

The Aviator – Lunch scene: https://youtu.be/FRM0G1wfXoM

Elle était infirmière
A l’hôpital tout le temps
A plein temps

Il était commerçant
Il voyageait tout le temps
A plein temps

Et ils avaient de beaux enfants

Jusque-là tout va bien….
Jusque là…
Jusque-là, ça a duré plus de dix ans…

Elle travaillait à plein temps
Sauf quand elle travaillait jour et nuit
Il travaillait à plein temps
Sans compter les déplacements
Seulement trois jours par semaine
Seulement
La moitié de sa semaine de travail

Le stress et le manque de sommeil
La séparation chaque semaine
Les heures sup non payées
Plein de cachetons
Le ton a commencé à monter
A monter
Et à monter

Et pourtant, ils sont intelligents
Et pourtant, ils sont mieux lotis que les autres
Pas besoin de travailler après le travail
Pas besoin de s’empoisonner au supermarché
Et un logement salubre

Il n’a plus confiance en lui
Elle lui en fait baver
Il se sent écrasé
Elle en a trouvé un autre
Disponible
Quand il ne travaille pas à plein temps

Mais au moins maintenant,
Elle peut aussi décompresser
Une heure par ci par là
Ça fait pas rêver
Mais ça permet de tenir
Maintenant ils sont trois
Pour s’occuper des enfants
Sans compter l’école et la télé…

Un ménage brisé
Des enfants déroutés
La confiance baissée
Et les disputes
Qui permettent de décharger le stress
Sur la personne la plus proche
C’est trop tard !
Ménage brisé

Mais le stress venait du travail
A sur-temps
Et ça qui va le contester ?
On ne peut pas vivre sans
Les deux doivent y passer
Pour pouvoir payer
A peine
Ce dont on a besoin

Si seulement ils savaient
Ils auraient pu discuter
Sortir du système
Quitter ceux qui les écrasent

Changer leur organisation
Un autre travail
Un emploi informel
Créer un coopérative
Demander le vote par initiative populaire
Changer le pays
Changer de pays
Un autre … quoi?

Aurianne Or

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Para leer eso en espanol: https://aurianneor.tumblr.com/post/180951210795/aplastados

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Um cece auf Deutsch zu lesen: https://aurianneor.tumblr.com/post/180950708995/überschrieben

Explosion volcanique: https://aurianneor.tumblr.com/post/168251271985/explosion-volcanique-oh-non-quel-désastre

Work: https://aurianneor.tumblr.com/post/170453001225/work-work-1915-charlie-chaplin

Oui au référendum d’initiative populaire: https://aurianneor.tumblr.com/post/158886557375/oui-au-référendum-dinitiative-populaire-sur-le

Histoire de Migros, supermarché coopératif Suisse: https://aurianneor.tumblr.com/post/171052240240/histoire-de-migros

Banca: https://aurianneor.tumblr.com/post/165684080330/banca-the-merchant-of-venice-william

Tomorrow – Chap 3: L’économie: https://aurianneor.tumblr.com/post/165431928955/demainlefilm

A well-made video about the UBI to ensure dignity of life for everyone
https://www.youtube.com/watch?v=kl39KHS07Xc

Permis sur la planète rouge – Une histoire de science-fiction

Clémentine se réveilla d’un bond. Elle avait encore rêvé qu’elle était sur la planète rouge, où elle était née. Elle était toujours considérée comme citoyenne de cette planète, et non de la planète Brown pour laquelle elle avait tout laissé. Comme elle ne pouvait pas payer pour un supplément bagage, elle était arrivée, il y a de cela cinq ans maintenant, avec une petite valise, pleine de produits cosmétiques naturels. C’était ça son projet pour construire sa nouvelle vie. Elle avait ouvert son magasin, puis quand elle avait fini de remplir les papiers d’immigration, de trouver un appartement et sa place dans le commerce local ; son mari et ses enfants l’avaient rejoint. Elle avait senti un certain empressement à le faire, ne supportant plus que sa famille vive encore sur la planète rouge. Maintenant qu’elle avait compris l’impact de la bluein, elle ne reviendrait plus en arrière.

Pourquoi toutes ces pensées du passé refaisaient-elles surface ainsi ? La raison était simple, et elle le savait. Il lui fallait renouveler son permis de circulation et l’administration sur Brown avait refusé de le faire. Il lui fallait donc retourner non pas sur sa planète de cœur, mais sur sa planète natale. Tout avait été arrangé pour qu’elle réside chez sa cousine. Ses sentiments étaient mitigés ; elles s’entendaient tellement bien dans l’enfance, elles s’étaient tenues les coudes dans les moments difficiles mais sa cousine persistait à admirer la bluein et Clémentine n’arrivait pas à le supporter.

Et tout ça à cause de son genou ! Pas de permis de circulation sans genou valide. Telle était la règle sur la planète rouge. Règle complètement obsolète, puisque sur la planète Brown, plus personne ne conduisait en appuyant sur des pédales. L’assistance à la conduite s’occupait de tout, le contrôle par l’humain n’étant là que pour les rassurer. Les robots avaient permis de limiter la pollution ; elle était désormais quasi-inexistante, et de fluidifier le trafic. En moyenne, tout le monde se rendait facilement à sa destination, et bien plus vite qu’autrefois. Les accidents étaient devenus anecdotiques. Cela faisait l’évènement et quand cela arrivait, tout le monde en parlait.

Les pro-techno se devaient de respecter la partie naturelle de la planète et avaient réussi à atteindre des niveaux de pollutions ridicules, assez proches de zéro. Les pro-naturalistes respectaient les inventions et les robots de la partie industrielle. Finalement, il y avait même des mélanges. Certains prenant ceci et d’autres cela.

Sur la planète Brown, les habitants avaient eu le courage de reconstruire une société nouvelle. Il y avait des partisans en faveur de la robotisation et d’autres du maintien de la nature. Ils étaient parvenus à un accord où la société robotisée s’élevait dans des villes de des gratte-ciels et avaient protégé sous forme de parcs naturels le reste de celle-ci. Cela permettait une agriculture traditionnelle et des élevages où le bétail était traité de manière décente et une robotisation à la pointe. A force de débats, ils étaient arrivés à une entente. Il y a de cela quinze ans, personne n’aurait pu penser qu’ils puissent y arriver tant les débats sur la bluein étaient houleux. Mais finalement, il y avait pas mal de solutions qui convenaient aux deux partis. La gestion des fruits et légumes étaient robotisées ; les robots ayant été formés aux techniques traditionnelles. Les transports ressemblaient à un flux sanguin continu où chaque module, tel un globule rouge, trouvait sa place harmonieusement. Les produits toxiques avaient été interdits. Les habitants de la planète Brown avaient du mal à le croire mais c’était pourtant bien le cas, ça fonctionnait. Bien sûr, il y avait des exceptions, mais les personnes qui avaient immigrés, d’origines et d’horizons différents l’avaient fait car elles croyaient au projet. Leurs valeurs, leur projet commun, les rassemblaient et cela avait donné naissance à une société paisible. Quand tout le monde œuvre vers le même objectif…

Pour cela, il avait fallu mettre fin aux hiérarchies, sans cela l’intérêt d’un seul aurait pu prendre le dessus sur l’ensemble. Ils ne les avaient pas combattus. Cela ne servait à rien. Ils avaient simplement mis en place un système parallèle à base de coopératives où chacun pouvait s’exprimer et voter à égalité. Et ces coopératives avaient finies par envahir le marché, et donc les décisions. Bien sûr, quelques structures hiérarchisées subsistaient. Elles n’étaient pas nombreuses, et après tout cela permettait de rassurer les plus frileux avant qu’ils se jettent à l’eau.

Mais la planète rouge, elle, continuait d’utiliser les anciennes voitures à pédales… Et il fallait un genou valide pour les conduire… En effet, pendant ce temps-là, la planète rouge était surpeuplée et des lois strictes avaient été passées contre les robots. Les mesures environnementales avaient été jetées aux oubliettes et remplacée par une propagande qui vantait les mérites des effets de la pollution.

Son mari se retourna et ouvrit les yeux :

« Bonjour mon amour » puis il bailla et s’étira de tout son corps. « Alors, c’est le grand jour ? »

« Oui », répondit brièvement Clémentine.

« Tu es réveillée depuis longtemps ? Pas trop stressée ? »

« Oh, tu me connais. Ça me saoule. Mais il faut bien y aller. »

Son mari devait rester pour veiller sur la boutique mais les enfants, étant en vacances, viendraient avec elle. « Ça leur fera du bien de voir comment c’est ailleurs. C’est toujours riche d’enseignement » avait-il commenté. Et Clémentine était bien de son avis.

Quand elle avait vécu sur d’autres planètes, dans sa jeunesse, elle avait tant appris. Puis, elle avait suivi une formation et avait enseigné. Elle pensait que toutes ces bonnes idées prises par ici et par là seraient profitables à tous. C’est parce qu’elle avait oublié que, bien que le rejet, au départ soit nécessaire à tout enseignement, le rejet catégorique ne propose qu’une alternative à l’enseignant : abandonner ses idées jugées saugrenues ou être rejeté. Bien sûr, il y en avait certains qui apprenaient et d’autres qui rejetaient mais il était clair que sur la planète rouge, le rejet était massif.

De plus, la majorité de ses élèves ressemblaient à des oisillons qui attendaient la becquée. Comment dans ces conditions pouvait-elle leur enseigner la citoyenneté et la démocratie qu’elle avait vues fonctionner si bien sur d’autres planètes ? Comment leur apprendre à apprendre par eux-mêmes ?

Déjà, rien que le nom était ridicule. Les habitants continuaient à appeler la planète rouge une planète où toute forme de vie était devenue bleue à cause de l’accumulation de bluein, un déchet industriel qui n’avait jamais été traité. La tradition est utile, mais ce n’est qu’une boîte à outil dans laquelle on peut piocher pour améliorer les choses. Pas ce carcan serré et … ridicule … où l’on se force à être daltonien comme les autres.

Même les parents de l’école et ses supérieurs hiérarchiques ne l’acceptaient pas. Le peu qui était d’accord avec elle se taisaient mais elle voyait leurs yeux briller à l’idée qu’elle puisse réussir. Elle ne voulait pas décevoir cette minorité, mais on ne peut pas donner à boire à des ânes qui n’ont pas soif, encore moins quand ils ont le pouvoir. Elle avait son mari et ses enfants ; et même si c’était dur elle avait tout laissé ; et elle était partie vivre avec des gens qui voulaient vivre comme elle. On n’a qu’une vie. Les habitants de la planète rouge comprendraient quand ils seraient prêts. Du moins, elle l’espérait secrètement…

Ses pensées furent interrompues pas l’atterrissage. Le voyage avait été agréable en dehors de la Bluegrass country music qui passait en permanence et qui lui donnait le Blues. « Mais l’avantage de voyager de nuit, c’est que les enfants dorment », songea-t-elle. « Ça y est ! La planète rouge…. Toute bleue… »

Elle tapa un numéro sur sa console et sa paire de chaussure arriva dans la boîte conçue à cet effet. Elle regarda ses chaussures. Quand même ces machines étaient efficaces ! Ses chaussures en cuir brillaient tant elles avaient été bien lustrées et elles étaient d’un confort optimal. Oui, c’était vrai. Elle ne portait pas ces nouveaux modèles aux matières novatrices et performantes. Après tout, sur la planète Brown, des méthodes naturelles avaient été trouvées pour augmenter les performances du cuir ; et le résultat en termes de perméabilité, confort, respect des particularités individuelles était quasi-équivalents. Et puis, après tout, ça restait des chaussures. Elle aimait l’aspect du cuir. Sa beauté. Elle regardait ses chaussures dans les moments d’attente. C’était comme une œuvre d’art portative, qui évoluait au fil de la journée. Le cuir n’était jamais pareil. Et puis aussi elle aimait à se dire qu’elle participait au financement des mesures du maintien du bétail traité de manière décente, en semi-liberté dans des parcs naturels et supervisés par des robots qui s’occupaient de leur bien-être et de leur santé, entre autres. Elle se le disait à chaque fois qu’elle passait devant un champ de ces nouveaux bovidés à la peau épaisse et au museau plein d’herbe fraîche.

Arrivée sur la planète rouge, sa cousine et sa fille Violette lui reprochèrent ses chaussures bizarres et elles l’obligèrent, à coup de recommandations infinies où elle ne pouvait pas en placer une, à porter des chaussures aux textiles novateurs mais bleus. Les enfants eux, étaient ravis à l’idée d’avoir de nouvelles paires de baskets. Elle finit par les mettre tout en le regrettant amèrement. Elle savait que sa cousine et sa fille, vivant là, n’avaient pas la liberté de pouvoir porter des chaussures en cuir. Quand un être humain subit des règles absurdes, il décharge son stress en les faisant subir aux autres, et les perpétuant du même coup….

Socrate disait au jeune homme qui veut apprendre à philosopher doit savoir qu’il ne sait rien ou que ce qu’il sait n’est rien. On croyait qu’ils étaient maintenus dans l’ignorance pour accepter la bluein. Mais ce n’était pas ça. C’était les habitants eux-mêmes qui votaient pour des représentants qui les maintenaient dans leurs fausses croyances et les confortaient en ajoutant des thèses qui allaient dans leur sens juste parce qu’ils refusaient de regarder leurs erreurs passées. Ils préféraient encore la prison de l’ignorance à la liberté, la santé et la responsabilité personnelle qui les accompagnent. Clémentine se rappela qu’autrefois, elle devait voter pour des représentant. C’était pour elle, comme faire un chèque en blanc. Comment savoir ce que cette personne allait faire ?

« C’est absurde », pensa Clémentine. « Elles creusent leur propre tombe, et en plus, elles sont satisfaites ». Mais elle céda quand même et enfila les chaussures, pour avoir la paix. Une paix illusoire, mais une paix quand même. Au moins, elle, elle n’obligerait personne à porter des chaussures…. Surtout quelqu’un avec un problème au genou !

Sa cousine et sa fille n’avaient ni module ni tricycle robotisés. Une voiture. Mon dieu ! Clémentine savait-elle encore les conduire ? Elle préféra marcher jusqu’à la préfecture. Elle sentit la pollution lui entrer par le nez, elle vit l’herbe bleue, qui était devenue la plante urbaine la plus répandue. Où était la diversité des plantes qu’elle avait l’habitude de voir, même en ville ? Sa cousine avait gentiment proposé de garder les enfants. Elle était reconnaissante mais inquiète aussi. Est-ce qu’ils allaient manger des sucreries bleues ? Est-ce qu’ils allaient jouer sur un de ces tas de déchet bleus qu’on voit partout ? Clémentine se dit qu’elle aurait mieux fait de les envoyer en camp de vacances… Elle avait oublié à quel point on ne pouvait pas échapper à la bluein. Ou peut-être que ça s’était empiré ?

Arrivée à la préfecture et après avoir attendue une demi-heure, elle présenta le dossier complet qu’elle avait rempli sur la planète Brown. Tout y était, radio du genou, information sur la santé générale avec des mesures précises, tests de vue et d’audition et même une épreuve de conduite qu’elle avait réussie. Elle précisa qu’elle ne circulerait que sur la planète Brown. Le fonctionnaire n’ouvrit même pas le dossier.

« Allez au bureau 4 et prenez un ticket. Un médecin va vous recevoir. »

Elle prit son ticket. Il y avait 20 personnes avant elle. S’il passe 15 min par patient, ce qui paraît déjà rapide pour évaluer l’état de santé de quelqu’un, cela fait 5 heures… Il devait y avoir un truc…

Effectivement, le numéro changeait toutes les 5 minutes. Elle attendit donc une bonne heure puis un bip retentit et se fut son tour.

Elle présenta le dossier complet qu’elle avait rempli sur la planète Brown et il lui coupa la parole.

« Etes-vous malade ? » demanda-t-il.

Clémentine se dit qu’il valait mieux dire « non ».

« Pourquoi êtes-vous ici ? »

« Pour renouveler mon permis de conduire. Je profite d’une visite à ma famille. » se sentit-elle d’ajouter.

« Bon, si vous le permettez, je vais me concentrer pour remplir votre formulaire. »

Elle attendit peut-être trois minutes puis fut expédiée. Un coup de tampon de l’administration et le tour était joué. A quoi servaient ces gens ? Comment se sentaient-ils en rentrant le soir ? Comment pouvaient-ils supporter d’appliquer des règles absurdes et de faire du sale boulot juste parce qu’ils n’avaient pas de temps ?

« Arrête de te torturer », pensa Clémentine, « tu ne comprendras jamais la planète rouge ».

Une fois rentrée, elle vit sa cousine ranger les courses. Elle avait tellement de placards ! Que d’espace de perdu. Pourquoi cette obstination à ne pas utiliser de robots, Elle leur parla de son robot qui rangeait tout en colonne dans le séparateur d’étage et qui gérait les stocks en fonction de ce qui était utilisé. Cela participait aussi à la bonne isolation phonique qu’il y avait entre les étages. Elle n’entendait jamais ses voisins. Et avec sa terrasse aménagée en jardin, elle était comme dans une maison. Juste au 54ème étage. Mais les barrières étaient parfaitement sûres… Il y avait des toboggans d’urgence et des parachutes à gogo. Il y avait même des filets tous les 10 étages. Et puis, les jardins, ça avait été une révolution sur la planète Brown car il n’y avait presque plus de gaspillage de nourriture….

Sa cousine lui répondit qu’il fallait bien maintenir les emplois des éboueurs qui avaient des emplois très respectables….

Elle prit des plats industriels, un par personne, et les mit dans l’accélérateur de particules. C’était le nouveau nom que les industriels avaient trouvé pour les micro-ondes. Tout le monde sur la planète s’était rééquipé, à leur plus grand profit et aussi au profit des déchetteries où les vieux micro-ondes croupissaient.

Clémentine ouvrit le plat préparé ; il y avait des taches bleues.

« C’est pour remplacer le sucre, ils mettent de la bluein ; il n’y a plus de diabète depuis qu’on l’utilise. Tu vois, nous aussi on innove sur notre planète ! » commenta la cousine.

Cette mesure avait fait disparaître le diabète sur la planète… Plus personne ne connaissait cette maladie. Par contre, nombre étaient ceux qui avaient des organes supplémentaires. Ça n’avait pas l’air de poser de problème, au contraire, les habitants trouvaient cela pratique… Clémentine n’en revenait pas.

Elle prétexta ne pas avoir faim et pria, oui, Clémentine pouvait être irrationnelle elle-aussi, donc elle pria pour que le plat ne plaise pas à ses enfants et qu’ils n’en redemandent pas !

« Et en plus c’est bon », ajouta Violette, la fille de la cousine….

« Demain, je cuisine », proposa Clémentine à ses hôtes.

Le lendemain, Clémentine se leva tard, vers 11h. Sa cousine était vraiment sympa de s’occuper des enfants comme ça. Elle lui avait laissé une note :

« Salut ! Nous sommes au parc. Peux-tu préparer la salade STP? Bizzz. Bleuenn»

Bleuenn faisait pousser la salade sur son toit. Clémentine eut beaucoup de mal à choisir la plus belle. La salade était verte, ça c’était chouette, mais tachetée de bleue. L’évier étant encombré; Clémentine décida de faire la vaisselle. Elle ouvrit un placard pour ranger les assiettes. Il était tellement bondé que trois paquets de biscuits ainsi que de la poussière bleue lui tombèrent sur la tête. Clémentine réduit en miettes un paquet de biscuits qui l’assaillait après avoir effectué un geste de Karaté. Clémentine était étonnée que ses réflexes de défense soient toujours là. Elle se sentit rassurée aussi. Quand on pense que pendant deux cents ans, en dehors de quelques dojos traditionnels, le karaté s’était calqué sur la boxe ; sport de barbare et de compétition.

« Mais ce n’est pas possible ! », gambergea-t-elle, « On peut quand même utiliser un minimum de robotique ! Un distributeur personnel c’est pas mal. Cela permet de gagner de la place tandis que la machine stocke tout de manière optimale dans le séparateur étage. Et ça éviterait de se battre avec la nourriture… Tiens, justement. La salade… »

Clémentine la tria les feuilles puis se dit qu’il n’en restait plus grand-chose, une fois les parties bleues enlevées.

Sa cousine arriva alors.

« Oh ! merci pour la vaisselle. Mais qu’as-tu fait avec la salade ?! Il n’en reste presque plus… » demanda-t-elle déçue. Puis, tout en enlevant les manteaux des enfants elle ajouta :

« Pourquoi tu ne te teintes pas les cheveux dans une belle couleur. Il y en a plein. Indigo, turquoise, azurin, majorelle, cyan, Cobalt, ardoise, tiffany, bleut ? »

Clémentine se demanda si c’était de la provocation.

« Tu sais que je tiens une boutique de cosmétiques naturels ? »

« Oui, et alors ? »

« C’est pas possible de s’aveugler de cette manière … » enragea Clémentine. « Ça veut dire que ce sont des plantes et autres produits naturels qui servent à teinter les cheveux. D’ailleurs la phytothérapie, qui a fait un bond en termes d’efficacité, et les produits naturels sont plus efficaces dans pas mal de cas que les produits industriels… et ils respectent l’environnement. »

« Mais celui qui est cyan est fait avec de l’herbe bleue urbaine…. C’est naturel… »

Clémentine resta bouche bée et se tût. Elle n’avait plus du tout envie de communiquer. De toute façon, elle connaissait quatre autres langues qui lui servaient à parler à des gens qui savaient ce qui était naturel et ce qui ne l’était pas….

« Qu’as-tu fait avec les biscuits ? Tu sais, ils ne tombent pas du ciel ; nous, on travaille dur ! On ne peut pas se permettre de gaspiller des salades et des biscuits comme ça… »

Clémentine se dit qu’après tout, littéralement, les biscuits lui étaient presque tombés du ciel….

« Violette est en train de travailler, là en ce moment-même, et toi tu gaspilles… » ajouta-t-elle.

Elle parlait du gaspillage de son petit budget, bien sûr. Elle ne pensait pas à l’impact sur sa planète. Sa consommation de plats préparés industriels représentait un gouffre de gaspillage de matières premières utilisées et aussi de pollution. Elle avait décidé de ne pas s’en soucier, de s’aveugler. Clémentine pensa à son jardin, dans sa tour, avec ses robots qui lui préparaient des plats frais et de saison.

« Ta fille est serveuse dans un petit vaisseau spatial. Elle s’écrase à longueur de journée et elle n’a que treize ans. Qu’est-ce que tu lui apprends au juste ? »

« A vivre ensemble. Il faut garder le sourire et trouver les moyens de vivre avec tout le monde. C’est ce qu’il faut faire. »

Clémentine se dit qu’elle avait beaucoup de chance. Elle n’avait pas à s’écraser devant les plus forts, ceux qui pouvaient se payer un billet dans un petit vaisseau spatial étaient bien les plus puissants. Mais Clémentine n’aurait pas à envoyer ses enfants travailler si jeunes. Le système de coopérative de la planète Brown permettait à chacun de coopérer en fonction de ses moyens, et contrairement aux idées reçues ; quand cette idée avait été mise en place, une tonne d’idées nouvelles étaient arrivées. Chacun était écouté quand il avait une idée pour améliorer les choses ; les décisions étaient prises collectivement, après débat. Cela était certainement une conséquence d’un système éducatif à l’écoute des élèves, d’une médecine de pointe y compris au niveau psychologique et psychiatrique et du fait que les votes, que ce soit au niveau de la planète ou au niveau des coopératives, se faisaient à l’initiative des citoyens (il fallait une pétition signée par 3% de la population pour pouvoir demander le référendum) et il s’agissait toujours de voter pour les idées. Etonnement, cela fonctionnait. Probablement parce que tout le monde avait intérêt à ce que les coopératives fonctionnent puisque leurs revenus et leur bien-être en dépendaient. Et c’était une idée répandue qu’en travaillant pour le bien commun, on améliorait son propre niveau de vie. Il fallait dire que cette planète avait une des meilleures conditions de vie que les autres, donc ça devait sûrement être vrai. Bien sûr, il y avait des resquilleurs. Les psychologues s’occupaient d’eux. Parfois ils étaient considérés comme invalides, parfois le psychologue les aidait à retrouver une place dans cette société ; et à mieux la comprendre.

« Tu ne connais ni la démocratie, ni la liberté », ajouta Clémentine amère mais sur un ton neutre car elle ne souhaitait pas attaquer sa cousine.

« Bien sûr que si ! Nous venons à peine de voter pour le nouveau président de la planète rouge et il a réduit de 2 heures le temps de travail. Tu vois, on va avoir plus de liberté ! »

Les enfants prirent alors le dessus dans la conversation.

« Maman, pourquoi Bleuenn elle a onze doigts ? » demanda Sonny.

Clémentine ne sut que dire.

« Parce que c’est plus pratique, je peux faire plus de chose… »

« Moi, je veux un troisième œil, comme le monsieur au parc » ajouta Alba, « pour mieux y voir ».

« Ne t’inquiète pas, ma chérie. Je veillerai à ce que tu y vois plus clair que lui. »

Puis ils se mirent à parler des pays et des capitales de la planète rouge.

Le fils de Clémentine s’appelait Sonny. Elle aimait beaucoup ce nom. C’était un vrai rayon de soleil ce garçon. Et puis, il était bien soigné sur la planète Brown. Un robot s’occupait de lui en permanence et il y avait eu une intervention sur ses gènes. Et Alba, sa fille, tellement pure et blanche ! Finalement, ceux qui se soumettaient sur la planète rouge étaient bien plus fermés au monde extérieur et dans leur bulle que Sonny qui était autiste. Elle savait qu’il s’ouvrait au monde et qu’il serait libre.

Sonny: What about the others? Now that I’ve fulfilled my purpose, I don’t know what to do.

Detective Del Spooner: I think you’ll have to find your way like the rest of us, Sonny. That’s what Dr. Lanning would’ve wanted. That’s what it means to be free.

I robot (2004)

Aurianne Or



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Bluegrass country music: Flatt & Scruggs – Keep on the Sunny Side: https://youtu.be/jCbhM_Ud3YA 

Foot massage à กาญจนบุรีhttps://aurianneor.tumblr.com/post/166876296355/foot-massage-à-กาญจนบ-ร-soffrir-un-massage-des

Homme à barbe: https://aurianneor.tumblr.com/post/166258001410/homme-à-barbe

How Juliette met Shakespeare: https://aurianneor.tumblr.com/post/162083312555/how-juliette-met-shakespeare

Théâtre de rue: https://aurianneor.tumblr.com/post/161128273180/théâtre-de-rue

Dinosaure sur la route: https://aurianneor.tumblr.com/post/168470355765/dinosaure-sur-la-route-ah-il-faut-quand-même


Explosion Volcanique : https://aurianneor.tumblr.com/post/168251271985/explosion-volcanique-oh-non-quel-désastre

Retournons-nous: https://aurianneor.tumblr.com/post/185834980780/retournons-nous-retournez-vous-et-prenez-une

Turn: https://aurianneor.tumblr.com/post/185904858185/turn-look-back-and-take-a-picture-of-the-earth

Expérience exigée
Etudes exigées

Qui peut se permettre
De travailler gratuitement ou peu payé
Et ce de longues heures par semaine
Et sur plusieurs mois voire plusieurs années ?
Les meilleurs ?

Ou plutôt ceux qui sont comme des poissons dans l’eau
Les ambitieux à l’aise ?
Quelques paresseux,
Qui font faire leur travail par les autres,
Et qu’on ne peut pas virer ?
Les tiques bien accrochées,
Les mites de moulins à vent ?
Quelques fossiles
Qui veulent laisser leur marque ?
Quelques pris au cou, dettes aux fesses,
Qui sont prêts à tout ?

La maman poule ? Non.
Le pigeon voyageur ? Non.
Le rat des champs ? Non.
Le l’orvet fauché ? Non.
Le malade comme un chien ? Non.
Le branchiostoma asocial ? Non.
Le Saint-Bernard ? Non.
Le saumon qui a un proche malade ? Non plus.

Oh oui, il y a bien de temps en temps
Des Wonder Woman ou des Thor !
J’en connais une, mère de deux enfants ;
Elle a fait les cours du soir,
Puis le stage, et elle a réussi.
Son mari lui a demandé le divorce,
Et le travail qu’elle a ne lui suffit pas pour vivre seule.
Que de sacrifices !
Que d’histoires !

Et la compétence, la volonté et les capacités dans tout ça ?

Oui aux tests de niveau lors du recrutement,
Oui au revenu universel de base,
Pour donner de la sécurité aux citoyens,
Et de la flexibilité dans le monde du travail.

Aurianne Or

Le bâton: https://aurianneor.tumblr.com/post/158465410495/le-bâton?is_related_post=1

Les espoirs XXXVII: https://aurianneor.tumblr.com/post/169004912510/les-espoirs

Fais: https://aurianneor.tumblr.com/post/174883268665/fais

CV – Contre Velléité: https://aurianneor.tumblr.com/post/178415523510/cv-contre-velléité

A mon amie qui ne porte pas de voile: https://aurianneor.tumblr.com/post/162083281080/a-mon-amie-qui-ne-porte-pas-de-voile

Poils: https://aurianneor.tumblr.com/post/173357380520/poilsOh! C’est Haut!: https://aurianneor.tumblr.com/post/173055979070/oh-cest-haut-jai-travaillé-au-salon-de-lauto

Le piston à sa Maman: https://aurianneor.tumblr.com/post/173827202170/le-piston-à-sa-maman

Riche

C’était une belle journée et le paysage était spectaculaire. Tout le monde avait son appareil photo en main pour essayer de capturer la beauté du moment. Évidemment, personne n’était photographe professionnel et, pour couronner le tout, le soleil leur faisait face, ce qui rendait les écrans des téléphones très sombres. Quoi qu’il en soit, les photos étaient prises au hasard du moment. Même si les photos étaient stupéfiantes, beaucoup bavassaient sous prétexte que ce n’était pas aussi beau qu’en vrai. Ainsi, progressivement, ce groupe de femmes avait cessé de prendre des photos et avaient simplement profité du moment. Bien sûr, les discussions fusaient, comme d’habitude dans ce groupe.

“Une fois de plus, l’organisation de cette randonnée est tout simplement parfaite. Merci beaucoup Olivia.”

D’autres femmes profitèrent de cette occasion pour remercier leur leader à nouveau, leur voix résonnant en Dolby Surround.

Chaque vendredi matin, depuis six ans maintenant, Olivia organisait ces randonnées. Pas toutes, bien sûr, elle était parfois occupée ou absente, mais la plupart du temps. Si jamais, elle trouvait toujours un volontaire pour la remplacer quand elle ne pouvait pas venir elle-même.

Il y avait un lot d’habituées qui se connaissait parfaitement, depuis des années maintenant. Il y avait aussi des nouvelles recrues ; et certaines devenaient des habituées, petit à petit. Chaque semaine, le groupe était différent mais l’atmosphère amicale, accueillante et ouverte d’esprit n’avait jamais manqué à la moindre randonnée.

Deux femmes ne pouvaient pas s’arrêter de bavarder. Mais elles étaient loin d’être les seules. Pendant les randonnées, on pouvait parler avec passion de n’importe quoi ; même si les opinions divergeaient. En fait, c’était parce que les opinions divergeaient que ces femmes trouvaient ces conversations stimulantes et super intéressantes. Personne n’avait jamais reproché à qui que ce soit d’avoir dit quelque chose avec lequel d’autres n’étaient pas d’accord. Ce genre de personnes, toujours à blâmer les autres, ne venaient pas là très souvent. Elles étaient probablement choquées par la liberté de ton, n’avaient pas apprécié et avaient disparu. Mais celles qui étaient revenues avaient été acceptées sans autres. Le groupe n’était pas du genre à remarquer ces comportements.

Augustine et Vicky s’étaient rencontrées environ un an auparavant. Ces deux-là parlaient bébés, mais une chanson parfaitement adaptée à ce moment magique fit irruption dans la conversation.

“C’est là que je voudrais vi-vre”, avait entonné joyeusement Augustine. Le son avait résonné sur le flanc de la colline. “Tu connais ce film, Vicky ? ”

“Non, je ne le connais pas. Mais tu sembles apprécier cette phrase,”répondit Vicky en riant légèrement.

“C’est tiré d’un film très célèbre, adapté d’un roman célèbre de Marcel Pagnol. Tu connais Marcel Pagnol ?”

“Non, j’le connais pas.”

“Oh! Eh bien, il est très connu pour sa description du sud de la France. Il était écrivain et il a aussi produit des films. Ce vers est tiré de La gloire de mon père. Il s’agit d’un jeune garçon vivant dans une ville. Son père est un instituteur. Et pendant les vacances d’été, ils déménagent dans une maison dans les collines de Provence. Et la gloire de son père, c’est de chasser des bartavelles, des oiseaux. Mais quand sa mère dit qu’elle veut vivre dans les collines, elle est fabuleuse. Vraiment fabuleuse ! J’aime quand l’actrice chante cette phrase avec un énorme sourire. Quel beau souvenir d’enfance de sa mère !”

“Oh, je devrais regarder le film alors.”

“Je te le recommande. Un de mes préférés.”

“Je me demande si je vais élever mes enfants en ville ou à la campagne …”

“Tu ne déménages pas à New York bientôt?”

“Oui, mais je peux ne pas y rester …”

“Tu souhaites avoir des enfants bientôt ?”demanda Augustine.

“Non, je suis encore jeune. Tu vois, je me suis mariée très jeune et tous mes amis me disaient que j’étais trop jeune pour prendre une telle décision. Donc, j’ai encore du temps avant d’avoir des enfants. Tu sais, ma famille m’a aussi dit que j’étais trop jeune … ”  Vicky continuait de ronchonner à propos de son mariage.

“Mais, quel âge avais-tu ?”

“21 ans.”

“Quoi? Les gens t’embêtaient parce que tu t’es mariée à 21 ans ? !! A t’entendre, on aurait cru que tu t’étais mariée à 16 ans. 21 ans, c’est un âge normal pour se marier …”

“Oui, et maintenant que je suis ici, j’ai 25 ans maintenant ; je rate tous les mariages, là-bas, aux États-Unis. Tous mes amis d’enfance se marient maintenant.” Vicky semblait un peu triste de manquer toutes ces célébrations.

“Tous en même temps ou bien?”se renseigna Augustine.

“Oui.”

“C’est un non-sens absolu. 21 ans, c’est trop jeune et puis après prêt, feu, partez, vous avez maintenant 25, dépêchez-vous, mariez-vous seulement!” Elles rirent, surtout parce qu’Augustine avait vraiment l’air de donner le départ d’une course; surtout avec sa grosse voix bien à elle.

“Je veux dire qu’au moins tu as eu le bon sens de faire ce qui te semblait juste. Et, en ce qui me concerne, tu sembles heureuse avec ton mari.”

“Je le suis”, répondit Vicky sans hésitation, comme un fait immuable qui ne sera jamais remis en question.

“C’est ce qui compte. Tu crois que certaines de tes amies se sont mariées avec quelqu’un qui n’est pas Monsieur parfait juste parce qu’elles avaient 25 ans?”

“Je ne peux pas dire. C’est tellement ridicule !”

“C’est sûr ! ”conclut Augustine. Elles commencèrent à rêver toutes les deux, profitant de la vue une fois de plus. Elle était tellement parfaite.

“Tu sais, avoir des bébés c’est kif-kif bourricot. J’ai eu mes enfants il y a dix ans, et la pression sociale est très forte. À l’époque, nous étions très pauvres, et nous recevions tous ces cadeaux inutiles et que nous n’avions pas demandé …. Donc, pour mon deuxième, nous avons pensé que ce serait une bonne idée de demander ce dont nous avions vraiment besoin : comme une heure de femme de ménage, un repas livré à domicile ou une consultation d’ostéopathie … Des choses comme ça. On a nos goûts, tu sais. Tout le monde n’est pas pareil. Les gens ont eu des réactions différentes. Disons que certains étaient ravis de pouvoir nous faire un cadeau que nous apprécierions vraiment mais d’autres étaient vraiment fâchés …”

“Mais pourquoi étaient-ils fâchés ?”Vicky était dans un état proche de la surprise et de la curiosité.

“J’sais pas. Autant que je sache, ils aiment faire du shopping. Le cadeau, ils le font surtout à eux-mêmes.”

“C’est tellement ridicule ! Tu penses ça, vraiment ?”Maintenant, Vicky était légèrement choquée…

“Je ne sais pas. Tu sais… Tous ces vêtements portés seulement deux fois parce que le bébé grandit si vite. Bon, c’est vrai, j’ai eu de gros bébés, ils les ont portés pendant très peu de temps. Je suis probablement influencée par ça. As-tu une autre explication ?”

“Eh bien, je dois admettre que non. Ces boutiques pour bébé sont pleines de gadgets, pas vrai ? Je ne suis pas sûre que tu aies besoin de tout ça pour élever un bébé.”

“Oh ! Je suis si content de t’entendre dire ça. C’est presque que des gadgets… Tu connais le dessin animé Inspecteur Gadget?” demanda Augustine tout en se mettant à chanter le générique … “C’était très populaire quand j’étais enfant. Tu es plus jeune, pour sûr. Ça ne te rappelle rien ?”

“Tu ne manques jamais une occasion de chanter, hein ? Tu es comme Sœur Mary Patrick dans Sister Act!”

“Tu es tellement gentille. J’aime cette Sœur, toujours heureuse. J’aime ce film. Y a plein de chansons … En tout cas …

En fait, tu sais, tu n’as pas besoin de grand-chose pour élever un bébé. On avait la chance d’être pauvres. Nous ne pouvions pas nous payer ces trucs. Alors …”

“On avait de la chance d’être pauvres…. ” Vicky médita sur cette phrase qu’elle répéta à voix basse.

“Alors, quand tu es pauvre et que tu achètes quelque chose, tu te demandes vraiment si tu as besoin de ce machin-là ? Et la plupart du temps, la réponse est non … ou alors j’ai besoin de quelque chose qui n’est pas dans cette boutique. Quand j’étais enceinte de mon premier enfant, je lisais ces magazines qu’ils donnent à l’hôpital. Il y avait tellement de choses dont il fallait avoir besoin, j’avais l’impression que je ne réussirais jamais à m’occuper de mon bébé. Nous étions les premiers de notre génération, et dans les deux familles, à avoir un enfant. On n’avait qu’un couple d’amis à qui demander conseil. Et tu sais ce que mon mari a fait ?”

“Il a chanté une berceuse, peut-être ?”

“Oh, allez ! Je n’aime que celle d’Ella Fitzgerald … Mais j’ai appris à aimer les autres en berçant mes bébés … Quoi qu’il en soit, ce que je voulais dire, c’est que mon mari a pris tous les magazines et les a mis à la poubelle.”

“Non, allez, il a pas fait ça.”Vicky ne pouvait pas s’empêcher de rire tout en rejetant cette idée.

“Si, il l’a fait. Et je me suis sentie beaucoup mieux après. Tu n’imagines pas à quel point la propagande fonctionne. Surtout quand tu es seule. Mon mari venait d’être muté sur France et on avait déménagé deux semaines avant l’accouchement. Du coup, on ne connaissait absolument personne. Ces magazines te convainquent que c’est vraiment dur d’élever un bébé. Alors que c’est la chose la plus naturelle au monde !

Donc, on avait juste le minimum et maintenant je peux dire que c’est beaucoup plus pratique. Par exemple, on nous avait offert une grande baignoire avec un transat de bain. Ça prenait tout l’espace dans la salle de bain et mon bébé détestait ça. Pour couronner le tout, quand la baignoire était pleine d’eau, c’était terriblement lourd et il fallait la vider avec un tube en plastique. Ce n’est pas si facile à faire quand tu berces un bébé en même temps. En fin de compte, j’ai lavé bébé dans l’évier et bébé était bien plus content. Ça ne prenait pas de place et c’était facile à vider.”

“Et tu économisais de l’eau pour la planète.”

“Ça, c’est bien vu…. Alors, pourquoi s’embêter ?”

“Oh ! Je suis tellement d’accord avec toi”, Ki les avait rattrapées. “Mes bébés aimaient uniquement les bains dans les éviers. J’ai détesté la grande baignoire moi-aussi. Nous avons dû la vendre.”

“Tu vois … J’ai dû vendre la plupart des cadeaux que j’ai reçus. Je suis vraiment désolée pour ceux qui ont fait ces cadeaux mais c’est tellement vrai. Au moins, j’avais un peu d’argent pour acheter ce que je voulais vraiment,”se vantait Augustine.

“Tu sais, ces grosses poussettes”, ajouta Ki. “On nous en a offerte une très chère. Vous savez ces grands trucs-là.”

“Oh ! Oui, ils peuvent être très chers …”insista Augustine.

“Chers à quel point?”demanda Vicky, qui prévoyait d’avoir un bébé tôt ou tard et voulait plus d’infos.

“Je ne sais pas comment c’est maintenant. Mes enfants ont 13 et 15 ans. Mais c’était plus de 1500 CHF ”, se rappela Ki.

“Quoi ? C’est plus que dispendieux, ça coûte une blinde !”s’exclama Vicky, tout à coup.

“Et elles sont nulles ! Ma fille est tombée dans celle qu’on nous a offerte. Ce n’est jamais arrivé avec la Maclaren que j’ai achetée moi-même. Jamais. J’ai utilisé la grosse deux semaines puis je l’ai vendue pour acheter plusieurs trucs. Cela m’a ouvert les yeux : cher ne veut pas dire meilleur”, conclut Ki.

“Je suis d’accord, et certaines, à ce prix sont en plastique. Ce n’est même pas solide”, continua d’argumenter Augustine.

“Et elles prennent tellement de place”, continua Ki, “tu dois planifier où tu vas. Et, c’est tellement lourd aussi. Avec ma Maclaren, je pouvais porter la poussette et le bébé pour monter de longs escaliers ou simplement l’utiliser à reculons pour quelques marches. C’est impossible à faire avec les énormes poussettes hors de prix …”

“Et le truc, pour mettre le siège auto sur la poussette, c’est une si mauvaise idée … Le bébé n’est pas censé rester longtemps dans le siège d’auto, je pense que c’est mauvais pour son dos ou que ça lui fait une tête plate, quelque chose comme ça ; je ne me souviens pas bien ; alors pourquoi y laisser le bébé? Et c’est si lourd à porter.”Augustine était si heureuse de se souvenir de cette période de sa vie et tout ce qu’elle avait appris sur la consommation qu’elle aurait pu continuer à parler des heures …

“J’utilisais une simple écharpe de portage. Cela ne réveille pas le bébé. Il est tellement heureux d’être sur la poitrine de papa ou de maman. Ça coûte 80CHF. Et tu peux l’utiliser comme une écharpe, une couverture, un truc sur lequel s’asseoir ou une protection contre le soleil. Et bien sûr, pour cacher le bébé pendant l’allaitement…”

“Tu me fais penser à Sophia.”Margherita fit irruption dans la conversation. “Elle vient d’avoir un bébé.”

“Oh ! Vraiment ? C’est trop mignon”, s’exclamèrent Augustine et Vicky qui la connaissaient.

“Pourquoi ne nous l’a-t-elle pas dit, elle a nos numéros de téléphone ?”

“Je ne sais pas”, répondit Margherita rapidement. “Elle m’a appelé à la place. Mais mes enfants ont 21 et 25 ans. Je ne me souviens plus très bien. Donc, je lui ai dit ce dont je me souvenais. Elle est riche mais elle n’achèterait même pas un stérilisateur pour les biberons ! Elle a grandi dans une ferme en Russie. Elle dit qu’elle a l’habitude de stériliser des bouteilles pour les animaux et qu’elle a juste besoin d’une grande casserole. Je ne comprends pas ça. J’ai trouvé le stérilisateur tellement pratique ! J’avais tellement d’accessoires qui me facilitaient la vie. Et elle ne les veut pas ; alors qu’elle a l’argent, c’est tellement bizarre !”

“De toute évidence, ce qui te convient à toi, ne lui convient pas à elle,”  remarque Ki.

“Je peux la comprendre”, ajouta Augustine. “Parfois, quand on a trop d’accessoires, c’est du travail rien que de les gérer. Je veux dire que tu dois les nettoyer, leur trouver une place dans la cuisine. Les retrouver quand on en a besoin. Une casserole est multifonctionnelle. Donc, on l’utilise plus. Tu sais où la trouver et cela facilite la vie.”

“Je suis tellement content que nous ayons cette conversation, j’apprends tellement.”Vicky était très reconnaissante. “Je pense que je vais avoir un bébé bientôt.”

“Oh ! Fantastique ! Es-tu enceinte ?”demanda Ki avec joie.

“Non, non. Je prévois d’en avoir un ou deux dans les cinq prochaines années … Rien de précis pour le moment”, répondit Vicky. “Juste un projet à long terme …”

“Es-tu enceinte ?”rétorqua Ki en regardant le ventre globuleux d’Augustine.

“Non, non”, avoua Augustine.“Les gens me laissent leurs places dans le bus, pensant que je suis enceinte ; et moi, je crois qu’ils quittent leur siège pour le céder à mon fils, ce qui n’est pas le cas et du coup ça fait des situations … Une fois une femme m’a lancé en pleine face que je ne devais pas laisser mon siège à mon fils mais à mon bébé, et c’est là que j’ai compris ….

Maintenant, j’ai ce ventre depuis ma deuxième grossesse. J’aimerais avoir un troisième bébé ; c’est peut-être pour ça que je garde ce ventre. Ou, peut-être que c’est juste ce que nous avons mangé quand nous étions pauvres; de la nourriture avec trop de pesticides et de mauvais additifs…  Peut-être qu’être pauvre, c’est pas ce que tu ne peux pas t’acheter mais comment tu peux rester en bonne santé. Je devrais me faire un potager. ”

“Oui, tu devrais. ”

Aurianne Or

– Environmental Health Perspectives – Metabolic Effects of a Chronic Dietary Exposure to a Low-Dose Pesticide Cocktail in Mice: Sexual Dimorphism and Role of the Constitutive Androstane Receptor: https://ehp.niehs.nih.gov/ehp2877/


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Home sweet home – juste plus grand; plus facile à nettoyer et à ranger …: https://aurianneor.tumblr.com/post/173126889265/home-sweet-home-juste-plus-grand-plus-facile-à

Permis sur la planète rouge: https://aurianneor.tumblr.com/post/178817034225/permis-sur-la-planète-rouge-une-histoire-de

Foot massage à กาญจนบุรี: https://aurianneor.tumblr.com/post/166876296355/foot-massage-à-กาญจนบ-ร-soffrir-un-massage-des

Homme à barbe: https://aurianneor.tumblr.com/post/166258001410/homme-à-barbe

How Juliette met Shakespeare: https://aurianneor.tumblr.com/post/162083312555/how-juliette-met-shakespeare

Toulouse: https://aurianneor.tumblr.com/post/160848281930/toulouse

Théâtre de rue: https://aurianneor.tumblr.com/post/161128273180/théâtre-de-rue

Dinosaure sur la route: https://aurianneor.tumblr.com/post/168470355765/dinosaure-sur-la-route-ah-il-faut-quand-même

Explosion Volcanique : https://aurianneor.tumblr.com/post/168251271985/explosion-volcanique-oh-non-quel-désastre

Gender-Le genre: https://aurianneor.tumblr.com/post/158649518000/gender-le-genre

La grande distribution court circuitée!https://aurianneor.tumblr.com/post/184662560245/la-grande-distribution-court-circuitée

Ancient Rome Vegetable Plus les ingrédients sont de qualité, plus le plat sera bon au goût et pour la santé. “Au pays roi des légumes, cette recette n’a pas bougé d’un iota depuis l’Empire Romain. A cette époque, on racontait que ceux qui mangeaient du fenouil pouvaient accéder à deux mille ans de connaissances. A consommer donc sans modération…” Italie, Fred Chesneau. (https://www.amazon.fr/ITALIE-Fred-Chesneau-MANGO/dp/2842709853)
imageimagehttps://en.wikipedia.org/wiki/Roman_Holiday
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