C’était un beau matin de printemps.  Il faisait frais mais je profitais de la chaleur d’un rayon de soleil. Le bus arriva. J’y montais et sur un mode automatique saluais le chauffeur avant de prendre place vers le fond du bus, face à la route.  Mon esprit, fraichement levé divaguait et je songeais à mon fils que je venais de laisser à la garderie tout en faisant vagabonder mon esprit tantôt sur les arbres du bord de route, tantôt sur une jolie lumière et tantôt sur les autres passagers, dont certains visages commençaient à être vaguement familiers. J’aimais ces bus bayonnais car il y régnait une ambiance bon enfant, où la conversation était facile, chaleureuse, conviviale. Une fois même, alors que j’étais avec mes deux enfants et qu’avec l’ainée, on chantait des chansons au deuxième pour le faire mieux patienter, d’autres passagers entonnèrent « Il était un petit navire » au plus grand ravissement de tous les passagers !

Un jeune homme attira mon attention. Il était assis près de l’entrée du bus et me faisait face bien que nous soyons éloignés. Je l’avais déjà croisé et le reconnus. Je fus frappé par son sens esthétique. Sa coiffure spectaculaire, magnifique, je l’avais déjà remarquée,  elle me rappelait les moustaches de Salvador Dali, mais le soin avec lequel il avait choisi sa tenue me frappa. Bien qu’à la mode, l’agencement des vêtements était artistique. De légers motifs rouges sur le dessin de son T-shirt s’accordaient parfaitement à son bermuda d’une couleur quasi-identique et les traits arrondis du dessin s’harmonisaient avec les dessins géométriques de son gilet bleu. Cette pensée fit ressurgir des souvenirs de l’époque où j’étais encore jeune fille et que j’aimais porter des couleurs éclatantes ; je choisissais mes vêtements avec soin pour chercher ce type d’harmonie vestimentaire avec des éléments disparates, qui n’avaient pas été conçus pour aller ensemble. Nos regards se croisèrent et je détournais le mien pour le poser sur le paysage.  L’Adour était superbe et je profitais du spectacle de ce fleuve puis savourais le plaisir de voir voler un oiseau.

Le bus s’arrêta. Nous descendions au même arrêt ; il était juste derrière moi.  Il discutait avec une camarade. En attendant pour traverser que le feu passe au vert, j’hésitais et ne sus comment entamer la conversation. J’aurais aimé lui dire qu’il avait beaucoup de goût et que j’espérais qu’il mette son talent au service de nombreux arts. Au lieu de cela, je surpris une bribe de leur conversation. La jeune fille lui demandait pourquoi il avait mis un bermuda alors que cela ne le protégeait pas assez de la fraîcheur matinale. Cela me fit sourire et je poursuivis mon chemin et les laissèrent poursuivre leur.

Aurianne Or