– Oh non ! Quel désastre ! Il y a du chocolat chaud partout, même dans les rainures du lave-vaisselle.

– Il faut nettoyer tout de suite, sans quoi le lait va pourrir.

Sur ce, Bixente alla chercher la serpillère espagnole ainsi que des éponges. Bachué se rendit dans le salon pour prévenir ses amis. Tout en explosant de rire, elle raconta comment elle avait remué de trop la chocolatière et comment la mousse était montée et comment l’affaire avait finie en éruption volcanique sur la machine à laver. Eh oui ! La cuisine était sommaire et le dessus de la machine servait de plan de travail.

Gloussant de rire, elle ajouta :

– Nous allons devoir vous laisser, car plus on attend, plus ce sera dur à nettoyer. 

– Il y en a partout, partout ! commenta Bixente d’un ton jovial. Explosion de chocolat chaud ! Quelle histoire !

Les invités restèrent dans le salon car la cuisine était trop petite pour qu’ils puissent être d’aucune aide. Bachué et Bixente épongèrent, épongèrent et épongèrent encore, mais il semblait qu’il y avait toujours un endroit de plus à découvrir et qu’il fallait nettoyer. Cela prit beaucoup plus de temps qu’ils ne l’auraient imaginé. 

– Un basque et une colombienne, incapable de préparer du chocolat… Les traditions se perdent on dirait.

– Mais non, c’est au moins la centième fois qu’on se régale avec cette recette. Même les meilleurs cuisiniers peuvent se tromper au moins une fois sur cent.

– Tu appelles ça se tromper, c’est un vrai désastre ! Et que vont penser nos amis ?

– Ils vont penser qu’on a un volcan dans la cuisine ! plaisanta Bachué d’un ton espiègle. Ils se doutent bien qu’on aurait préféré boire tranquillement notre chocolat tout en discutant… Le ménage, ce n’est quand même pas un super loisir…

– Pour sûr. Mais on devrait redemander à ta grand-mère comment elle prépare le sien. Je ne veux plus utiliser cette maudite chocolatière que nous a offert ta mère !

– D’accord, mais elle peut quand même servir de carafe d’eau. Elle est belle tout de même, répliqua Bachué.

– OK. L’eau c’est plus facile à éponger…

Après un long moment… de récurage…

– Bon maintenant qu’ils ont attendu une éternité, il faudrait quand même qu’on leur serve quelque chose, remarqua Bachué.

– Pas du chocolat, là j’ai une overdose. Après un épisode comme celui-ci, il faut au moins un Irish coffee.

– Mais on n’en a jamais fait !

– Je m’en fous. Je viens de leur demander et ils sont super partants. J’en veux un et je cherche une recette sur le net avec eux. Ils ont l’air de savoir comment faire, ça a l’air simple, à part la crème fouettée. Faudra pas fouetter trop fort… Sinon, éruption de mousse…

– Ouhouh !! Tu me fais des propositions, susurra Bachué en réponse à la blague.

–  Prépare un café s’il te plaît mon amour pendant que je me renseigne.

Il revint deux minutes plus tard, je vais au Monoprix prendre de la chantilly. Ça évitera les catastrophes. Je reprendrai aussi un peu de Whiskey car il faut le chauffer avec le sucre. C’est juste au cas où on ait à refaire ça plusieurs fois. 

Léopold, Noor et leur fils Fael vinrent mettre leur tête à la porte : 

– Alors, tu t’en sors ?

Bixente enfila ses chaussures et alors qu’il attrapa son manteau, une autre explosion se fit entendre.

– Ah ! ça y est ! Maintenant j’ai vu comment fonctionne un
volcan, Fael était tout joyeux de cette expérience scientifique.

– Oh! My God!, s’emerveilla Bixente. 

– On va devoir tout renettoyer, se démotiva Bachué. Il y en a sur tout le plafond, toute la fenêtre et tout le carrelage ! Il y en a même dans les rainures du lave-vaisselle. C’est encore pire que le chocolat !

– Allez, sors de cette cuisine, tu as assez fait de ménage pour aujourd’hui. On s’en occupe. Garde un œil sur Fael, veux-tu. Et puis, c’est moins pire qu’il n’y paraît, la consola Noor.

– C’est vrai, deux explosions et zéro blessé, c’est plutôt un bon bilan, se hasarda Léopold en se retenant de rire. Après tout cette cuisine typique était assez atypique. Aujourd’hui c’est super spectacle de cirque non pas acrobatique mais explosif ! Mais ce n’est pas un opéra bouffe ; avec tout ça, on n’a rien dans le ventre.

Noor le fusilla du regard.

– C’est pourquoi je vous propose d’aller chercher des frites avec du coca et des bières, belges, bien sûr. 

– Très bonne idée, le remercia Bixente, je viens avec toi. J’ai déjà mes chaussures et mon manteau.

Une fois les hommes partis, Noor analysa la situation :

– Fael avait raison. C’était comme un volcan. Ce n’est pas du café mais de la poudre de café que tu as du sol au plafond. Et ça c’est une bonne nouvelle car un coup de balai et le tour sera jouée.

– Magie magie! Je t’adore. Merci Noor!

– Attention, je ne vole pas sur les balais moi… Je ne suis qu’une pauvre vieille femme de ménage au dos cassé par ces longues années de labeur !

– Tu as bien choisi ta profession.

– Sorcière ?

– Mais non, tu sais bien. Actrice.

Et tandis qu’elle nettoyait la machine à expresso italienne, Bachué se rendit compte qu’elle avait pris le dessus d’une machine et le bas d’une autre machine. Pas étonnant que l’explosion ait eu lieu !

Depuis, les quatre amis se rappellent ce goûter fantaisiste régulièrement et toujours, toujours, en riant beaucoup beaucoup…. 

Et Fael ! Fasciné, comme nombre d’enfants par les volcans, il ne cesse de demander à sa mère d’accepter de mettre un mentos dans une bouteille de Coca… 

C’est drôle cette fascination pour les volcans. Malgré le risque de se blesser, ces deux explosions ont marqué les esprits de nos cinq compères, positivement. Ils s’en souviennent avec grand plaisir. 

Les explosions volcaniques exercent cette même fascination sur les humains, et ce, malgré les victimes. Ces volcans représentent un énorme danger mais n’oublions pas qu’ils permettent la survie dans de nombreux endroits, comme les îles, car ils fertilisent les sols. Cette seule image du volcan représente une pulsion de vie et une pulsion de mort simultanément.

Quand un humain est sur le point de craquer nerveusement, on dit qu’il est sous-pression et on utilise l’image du volcan comme métaphore de cet état. La pression fait craquer, c’est l’élément négatif mais n’oublions pas que le fait de craquer fait qu’on se prend en main pour ne plus accepter l’inacceptable et réorienter sa vie vers une situation plus saine.

Aurianne Or


Under Pressure – Queen

Teppanyak